Il y a des groupes qui parfois donnent l'impression qu'on les connaît depuis toujours alors qu'ils se sont formés il y a peu. C'est un peu ce qu'il se passe avec A.A. WILLIAMS me concernant. J'ai découvert cette artiste à Lyon en 2023 alors qu'elle partageait la scène du Transclub avec les Norvégiens de KALANDRA. Il devient assez rare avec les années et la multiplicité des concerts que je sois réellement happé de cette manière par un groupe de première partie. Je dois bien admettre que ce concert, dans son ensemble, m'a marqué. En découvrant l'arrivée imminente de ce quatrième album de cette prolifique jeune artiste londonienne, je ne pouvais passer à côté.
Ne vous emballez pas, nous n'allons pas parler gros riffs, blast beats ou chant lyrique. Absolument pas. A.A. WILLIAMS nous vient d'Angleterre et ce pays a toujours été le pays du rock le plus diversifié qui soit, allant du plus pop au plus extrême. À mon sens, A.A. WILLIAMS reprend le flambeau des groupes de doom de la première heure, lorsque ceux-ci ont commencé à passer à un style plus mélodieux. J'ai clairement en tête ANATHEMA dans la période où il a entrepris sa mutation avec l'album « Alternative 4 » à la fin des années 90. C'est dans cette tranche que j'irais volontiers classer A.A. WILLIAMS. On retrouve ces ambiances feutrées, cette atmosphère à la fois sombre et légère et ces accords plaqués qui la rapprochent sans hésitation du doom. Et voici donc pourquoi ce groupe me parle instantanément. A.A. WILLIAMS reprend la voie tracée par les grands noms en y apportant une touche féminine tout en gardant cet esprit qui a fortement marqué un style un peu moins exposé à l'heure actuelle.
Que dire alors de « Solstice » ? Tout simplement que les chefs-d'œuvre deviennent rares. La musique qui vient des tripes se cache de plus en plus derrière les grosses machines qui remplissent les salles à grands coups de lance-flammes et d'écrans surdimensionnés, et ce nouvel album est là pour nous rappeler l'essentiel. La musique est avant tout une question de sensibilité et d'énergie. En effet, ces 11 titres ont tout ce qu'il y a de plus percutant. « Poison » ouvre ce disque sur une ambiance doom/rock avec une très bonne énergie. On ne va pas headbanger, mais se laisse hypnotiser tranquillement en tapant du pied et en secouant légèrement la tête avant de se laisser embarquer très facilement par « Wolves » qui, déjà, amorce ce qui fait définitivement toute la force de ces compositions : leur profondeur. L'ambiance qui se dégage de ces titres a quelque chose qui la relie à la ville de Londres dans ses jours où le brouillard est des plus présents. Ces titres sont aussi froids à l'extérieur que chauds à l'intérieur, comme peut l'être « Little By Little ». On se laisse encore une fois entraîner dans ces compositions profondément humaines, pas forcément des plus lumineuses comme le propose « Outlines », mais d'une puissance tranquille comme peuvent l'être les compositions les plus solides. Parfois la mélancolie se fait sentir comme sur « I've Seen Enough » ou « The Veil », mais cela ne vient pas pour autant ébranler l'édifice, cela lui donne un peu plus de profondeur. Il y a quelque chose de particulièrement solide dans la voix de A.A. WILLIAMS et même lorsque la sensibilité prend le dessus, rien ne s'effondre dans la tristesse pour autant. C'est certes pas très lumineux, à l'image du personnage, mais d'une puissance larvée qui parfois ressort instantanément comme sur « Just A Shadow ».
A.A. WILLIAMS va parler aux fans de doom qui ont compris le sens de la mélodie. On est face à la montée en puissance d'un groupe qui exprime notre humanité de la meilleure des manières. A.A. WILLIAMS le fait avec une grande justesse et cet album en est la preuve irréfutable. Du grand art.






