Quand on découvre — ou redécouvre — des groupes, il y a plusieurs cas de figure : parfois, on découvre le nouvel album d’un groupe que l’on connaît déjà et on sait quasiment d’avance que cela va nous plaire. Parfois, on est déçu par ce même groupe, car on s’attendait à quelque chose qui ne nous est pas forcément livré comme on l’espérait. Et parfois, on tombe sur un morceau d’un groupe que l’on ne connaissait absolument pas et qui nous accroche directement, au point de compter les jours avant la sortie du disque. Et c’est clairement ce qui m’est arrivé avec "Oraison Funèbre" d’Aliore… Attention, coup de cœur en vue.
Aliore est un groupe de post-black français provenant de Nice, composé de Murmur au chant, Aeter à la guitare, Dolor à la basse et Abaddon à la batterie. Ma première approche avec le groupe s’est faite avec la découverte du morceau et du clip de « Entretien avec le Diable », et j’ai directement été pris au vif par ce post-black viscéral, incisif, inquiétant, mais tout de même mélodique, qui a creusé au plus profond de mon âme. Les tremolos de guitare typiques du style m’ont cisaillé de l’intérieur, tout comme la performance vocale de Murmur, qui alterne entre cris — que je devrais même qualifier de hurlements de douleur en lien avec le concept de l’album — et voix claires à la limite de l’inquiétant, le tout ponctué de passages symphoniques des plus sublimes.
Ce morceau fut le second single promouvant leur premier opus, Oraison Funèbre, et je n’avais qu’une hâte : découvrir cette offrande dans son intégralité. Une chose est sûre : j’ai pris une énorme claque.
Le concept du disque nous fait commencer avec Murmur, qui, de son vivant, se nommait Marianne Dufresnes, une femme du XXe siècle assassinée par son mari, le Commandant Dufresnes, rendu fou par la drogue et le vice. Il tue Marianne avant de jeter son corps dans la cheminée.
C’est à l’instant même de sa mort que Marianne devient Murmur, une entité qui passera par différents états : la peur, la vengeance, mais aussi l’acceptation.
D’autres personnages et entités entreront ensuite en scène, comme Aeter, soldat des tranchées sous les ordres du Commandant Dufresnes ; Dolor, médecin de guerre ; et Abaddon, l’apothicaire qui fournit ses drogues au Commandant. Je ne raconterai pas tout ici afin de ne pas gâcher la surprise, mais l’histoire développée par le groupe est vraiment passionnante. Aliore raconte le destin de ces quatre personnages, mais aussi celui de la mort, de la vengeance et, comme évoqué précédemment, de la résilience.
Tout est extrêmement bien ficelé et parfaitement en adéquation avec la musique, qui sublime ce récit à merveille.
Et justement, revenons à la musique.
« Renaissance », qui démarre avec la mort de Marianne (Murmur), décrit parfaitement la haine et la souffrance du personnage. C’est sombre, violent, mais également lumineux, notamment vers la fin du morceau.
Tous les titres sont excellents, mais l’idée est tout de même d’écouter l’œuvre dans son intégralité, comme si l’on lisait une histoire, afin de suivre le cheminement des quatre personnages.
La production est vraiment très bonne, surtout pour un premier effort. Mention spéciale à la voix de Murmur : au-delà de la performance hors du commun, la chanteuse reste extrêmement audible, chaque mot est compréhensible, ce qui n’est pas si évident dans la musique extrême, même lorsque les paroles sont en français. Le travail d’Abaddon à la batterie est également de très haute volée, tandis que la guitare d’Aeter et la basse de Dolor nous assènent des riffs d’une noirceur et d’une puissance qui m’ont hérissé les poils du début à la fin.
Mes préférences vont à "Entretien avec le Diable", qui fut mon premier contact avec le groupe et qui m’a infligé une claque monumentale ; "Appréhension " , premier single de cette sortie, d’une intensité folle (mon Dieu, ces tremolos !) ; et "Sombres Représailles" , avec ses riffs affûtés comme des lames de rasoir et où la performance de Murmur dépasse encore tout ce que j’avais entendu sur le reste de l’opus.
Parlons un peu de l’artwork , que je trouve extrêmement élégant. Peint par Murmur elle-même, il représente parfaitement son personnage, d’abord pendant sa chute, puis dans l’après.
Inutile de vous dire que cet album est un immense coup de cœur pour moi, du début à la fin. Que ce soit au niveau du concept — extrêmement bien écrit et passionnant —, de la musique qui illustre parfaitement l’histoire proposée par les Niçois, ou encore de l’artwork sublime qui retranscrit toutes les émotions des morceaux, tout fonctionne à merveille.
Oraison Funèbre est une véritable pépite qui m’a énormément touché et que je vais écouter encore et encore afin d’en capter toutes les subtilités. Je ne peux que le recommander à tous les amateurs de Metal noir, sombre et viscéral. Et pour les fans de post-black, je suis certain que vous passerez un excellent moment.
Bon voyage.





