Le nom de MÖHRKVLTH résonne tout en ambivalence, la mort aux traits caricaturaux d’une Bretagne oubliée, et le culte, qui retranscrit ici les lettres de noblesse de ce qui fait vivre le black metal.
La pochette de l’album redéfinie les sentiers de l’oubli, traduction même du titre de l’album.
Sous la lumière, le minéral. La pierre se fond dans le décor, se pose dans le patrimoine naturel des terres celtes. Cette pierre gronde sous les éléments et se revêt de différentes teintes, comme ses sœurs que sont la lande et la terre. Chaque élément de cette nature endormie semble renfermer bien des secrets, d’âmes et d’histoires dans lesquels la formation bretonne forge son identité. MÖHRKVLTH est l’un des groupes les plus ancrés dans leur propre géographie, autant par ses thématiques que par son tissu sonore.
La couleur illumine la pochette sur un ton fluide et menaçant. L’artwork, signé par le batteur du groupe, illustre une campagne aux couleurs roses pâles. Le chemin contourne la forêt et dirige le regard vers le lointain, à travers la brume horizontale. L’invisible se clarifie peu à peu. L’Homme n’est représenté qu’au travers d’un calvaire de pierre (utilisé comme repaire) et d’une barrière de bois. La Bretagne subsiste ici comme une majesté en veille, un lieu qui se raconte avec tout les sens.
Le premier titre nous emporte avec des plages synthétiques épiques en lien direct avec cette plénitude des sols. Les choeurs vocaux rajoutent au côté épique une note cultuelle et vernaculaire. Véritable gwerz (chant breton), la chanson couvre une multitude de transitions mélodiques, pagan et metal.
La douceur franche de cette introduction nous mène fièrement en crescendo vers une apothéose toute en retenue. La rythmique pourtant stable semble s’accélérer, le riff ainsi que la double pédale de Galaad Biannic s’emportent mais gardent le cap et l’allure. Pas de doute ici, la justesse de composition sera menée d’une main artisanale et expérimentée.
Depuis A-dreñv ar vrumenn en 2018, le membre fondateur et principal compositeur Gregory Person est parti à la recherche de musiciens locaux, ce qui a modifié l’entièreté du line-up. Nouvel arrivant donc en la personne de Florian Le Borgne à la basse, mais aussi de Sven Vinat qui avait déjà mixé le premier album et sonorisé le groupe en live. Le multi-instrumentiste apparaît ici à la guitare. Mathieu Losq-Le Bars, au chant, a écrit les textes en français, puis ces derniers ont été traduits par Galaad (étant professeur de breton) puis choisis pour l’enregistrement.
Selon moi, « Pour une couronne de Chysanthème » peut affirmer en tous points le propos amené par MÖHRKVLTH : une introduction toute en mélodie, un élan furieux et une stabilité revenue.
Le chant en français sur la minorité des titres donne un accent de révolte. La basse et la batterie frénétiques amplifient d’autant plus cet effet. Les mélodies souvent en tremolo picking sont elles aussi lancées à vive allure pour s’abattre sur des riffs lourds et très rock. Les reprises et enchainements sont encore plus aériens.
Le « culte de la Mort » met en avant la Bretagne, ses richesses rurales (paysage, chemins étroits, flore, architecture, patrimoine granitique sacré). Sous l’égide de ce qui vit (et gît) sur ces terres, la mort transparaît et tisse le fil rouge de ce nouvel album, comme une ode au devoir de mémoire pour celles et ceux qui ont construit et se sont battus pour ce territoire, l’un des plus préservé de France.
Comme déjà expérimenté auparavant, le groupe va introduire dans la setlist une chanson tirée d’un poème breton. Il s’agit en l’occurence de « Va C’heriadenn » (Mon village) d’Anjela Duval. Le riff quasi DSBM évoque l’essence du poème de l’écrivaine, la mélancolie et la perte de son village, dépeuplé, vide de ses âmes, mort par abandon.
Et quand le sujet recèle tant de désespoir et de solitude, il n’est pas difficile de trouver du grain à moudre pour ces musiciens qui, eux-mêmes l’ayant avoué, sont fortement influencés par cette scène. Cependant, la mélancolie est plus raisonnablement impliquée sur Gwenojennoù An Ankounac’h. La complexité du mélange des genres et, à l’opposé, cette identité claire et reconnaissable, font de MÖHRKVLTH un groupe majeur dans le paysage breton.
Avec ses nombreuses références (scène norvégienne, québécoise, régionale), les bretons parviennent à nous enseigner leur histoire, et ce sous une lumière particulièrement attrayante. La lumière est essentielle dans la musique de MÖHRKVLTH. Elle reflète le climat brumeux du Finistère, la chaleur de l’automne, l’accueil des différents passages, la dernière lueur,…
"Gwenojennoù An Ankounac’h" sortira le 5 Mai prochain chez Antiq Records, authentique label breton. Quelques concerts sont prévus prochainement, en Bretagne dans un premier temps puis plus loin nous l’espérons.
À tous les amateurs d’introspection, à tout les esthètes du vrai et non de la forme unique et arbitraire, à tout les incompris, tout les rebelles qui préfèrent regarder derrière, qui voient en la nature une cure, en l'histoire un espoir, à tous les amoureux de la terre et ce qu’elle renferme. Voyez ces traditions comme elles transpirent la vie.




