Nous avons affaire ici au fleuron du black metal français, le tout en solo car INHERITS THE VOID est avant tout le projet d’Antoine Scholtès, seul aux manettes derrière ce black metal atmosphérique aux influences variées. Mais ces influences justement, quelles sont-elles ? Tendant vers le côté mélodique puis cosmique, la musique d’ INHERITS THE VOID parcourt un chemin vertueux allant de Clermont-Ferrand en Auvergne jusqu’au-delà de Pluton.
Dès les premières notes, on remarque la complexité et la précision des compositions qui vont nous être offertes. Les instruments se suivent et s’accumulent pour créer cet ensemble mélodique qui saura attirer les fans de black comme les fans de death mélodique. Les musiciens participant au projet viennent élargir le spectre.
Reconnaissable de loin, la voix de Romain Negro (Apolaustic, ex-Stortregn) fustige en nous frappant de chants gutturaux entre aigu et grave. Les mots sont jetés, crachés en pleine poire. Seuls certains passages respirent un peu plus dans ce jet vocal abondant. Sa performance technique définie l’essence de The Silent Abscission, un album au son percutant et incisif.
Mais ce n’est pas le seul protagoniste nouvellement accueilli par Monsieur AS. En effet, le géniteur d’INHERITS THE VOID s’entoure pour l’occasion de Nicolas Muller alias Ranko (Hyrgal, Svart Crown, Akiavel,…) à la batterie, confirmant une touche black/death qui sied parfaitement au musicien. Dans de nombreuses formations pour lesquelles le batteur a frappé, j’ai toujours été surpris de la puissance de frappe liée à sa précision. Le gaillard est impressionnant sur scène. Il s’agit en réalité de la seconde collaboration entre les deux musiciens, Ranko ayant déjà contribué au précédent opus d’INHERITS THE VOID en 2024.
Les mélodies à la guitare développent un son typique grâce à des effets de chorus ou autre phaser. La distorsion dans le son créé aussi un sentiment de distorsion du temps, et le rythme en est la principale cause. Sur le titre éponyme par exemple, les étapes de composition situent bien l’effet désiré, l’écriture se dévoile avec de multiples accélérations, des temps variés, le tout sur un riff aux fondations solides et des mélodies différentes selon les couplets, refrains et ponts.
Le génie se distingue aussi, minutieusement et discrètement, sur l’enchaînement avec le titre suivant « In The Shadow Of The Falling Star ». Ce type de manoeuvre dans l’écriture d’un album est assez rare pour être évoqué et me rappelle immédiatement le split cosmico-intemporel, que dis-je, le chef d’oeuvre interstellaire de Mare Cognitum et Spectral Lore, Wanderers : Astrology of the Nine.
On perçoit largement le travail titanesque sur les arrangements, par exemple avec le titre « The Dawn over Ruins » et ses notes de guitares synthétiques, aux effets pertinents, surtout sur les cleans. L’enregistrement est ici réalisé avec exactitude, quant au mix, on entend au premier plan la voix et les guitares, reste à voir comment a été traité la dernière étape de la production qu’est le mastering. Il ne faut pas oublier la nature du sujet, une musique complexe par ses variations et ses nombreux instruments, laquelle suppose un minimum de support d’écoute.
Une baffe après l’autre, on se surprend d’entendre un saxophone sur la piste suivante, venant compléter les pédales d’effet toujours plus ondoyantes et lunaires.
Le chaos nait d’une ambiance profonde, géologiquement.
À l’image d’un trou noir, les musiciens nous emportent littéralement vers un tourbillon aliénant, une spirale sans fin dans laquelle les éléments font partie intégrante de nous-mêmes. Cette transcendance manifeste une énergie hors du commun. Les instruments s’organisent pour nous glacer le sang mais c’est parfois tout l’inverse qui se passe physiquement. C’est un peu la sensation que j’ai lorsque j’écoute Dissection ou Sacramentum. Cherchez l’erreur… ou le génie…
L’album sort chez Avantgarde Music le 19 juin prochain, ce qui en fait le cadeau idéal pour la fête des pères. Avec The Silent Abscission, AS signe l’oeuvre la plus aboutie de sa discographie. Ce one-man band évolutif mérite un sérieux coup de projecteur. L’univers du groupe est retranscrit par des artworks dingues qui stimulent une écoute approfondie et en toute plénitude.






