Chronique réalisée par :
Frozen
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Frozen
Mardi 5 mai 2026. Tandis qu’une bonne partie de la population toulousaine termine tranquillement sa journée, quelques fans irréductibles de rock n’ roll ont décidé d’aller transpirer un bon coup du côté du Chorus. Il faut dire que ce soir, le petit bar-concert de la Ville rose accueille une formation qui ne fait jamais les choses à moitié : les Américains de NASHVILLE PUSSY qui sont de retour en France dans le cadre de leur tournée « The Gimme Some More Tour », avec en ligne de mire la sortie de leur futur EP, 10 Inches Of Pussy Season 1, attendu pour le 22 mai prochain chez Slinging Pig Records.
Et pour cette cinquième date française de la tournée, le contraste a de quoi surprendre. Habitué aux scènes plus imposantes et aux festivals où son hard rock graisseux résonne à plein volume, le quatuor d’Atlanta se retrouve ce soir coincé dans l’atmosphère étouffante du Chorus et ses quelque 200 personnes de capacité. Une configuration presque improbable pour un groupe de cette envergure… mais qui va finalement donner au concert une saveur particulièrement sauvage !
Avant cela, ce sont les Marseillais de LECKS INC. qui ouvrent les hostilités devant une salle déjà bien garnie. Et autant le dire tout de suite : musicalement, le metal indus expérimental du groupe n’a absolument rien à voir avec le hard rock graisseux de NASHVILLE PUSSY. Pourtant, le décalage fonctionne plutôt bien et permet même d’installer une ambiance assez particulière dans le Chorus.
Formation protéiforme articulée autour de son frontman Alexandre « Lecks » Delagrande, LECKS INC. possède déjà une solide bouteille derrière lui. Habitué des tournées partout dans le monde, le groupe sait parfaitement comment occuper une scène et imposer son univers. Ce soir cependant, les sudistes se présentent dans une configuration bien plus minimaliste que lors de leur passage au Festival 666 en 2024 où ils évoluaient à huit musiciens. Exit donc l’imposante armada scénique : LECKS INC. joue ce soir en trio avec guitare, batterie et chant.
Mais malgré cette formule réduite, les Marseillais réussissent rapidement à capter l’attention grâce à une prestation particulièrement habitée. Car si la musique du groupe repose sur une base metal industrielle assez abrasive, l’ensemble s’appuie également sur de nombreuses bandes sonores et nappes électroniques qui viennent épaissir l’atmosphère et donner du relief aux compositions (« Fuck You Baby »). Très vite, le Chorus se retrouve plongé dans un univers sombre, étrange et volontairement déstabilisant (« Little Pussy », « Lost in Space », « Human Rights », …).
Sur scène, Alexandre Delagrande et son guitariste monopolisent naturellement l’attention avec une présence très physique et un jeu constamment tourné vers le public. Ils arpentent l’espace réduit de la scène avec intensité avec derrière, une base rythmique solide et mécanique portée par le batteur Aurélien. Visiblement habitué à ce type d’exercice, LECKS INC. joue avec assurance et ne semble jamais perturbé par les conditions parfois étroites du bar toulousain.
Le set pioche essentiellement dans les albums A.I.D.S. [All Infamous Daddy's Secrets] (2016), A.L.I.E.N. [A Link In Eternal Night] (2019) et H.E.L.L. [Here Eternally Live the Lost] (2021), avec des titres comme « Lost In Space », « Don’t Call Me Babydoll », « Alienation » ou « I Will Go Home » qui permettent au groupe d’installer progressivement son ambiance industrielle et oppressante. Un choix d’autant plus surprenant que le dernier album S.N.O.T., sorti en 2025, est totalement absent de la setlist de ce soir…
Mais qu’importe finalement : grâce à son expérience et à sa capacité à construire une véritable atmosphère sur scène, LECKS INC. réussit à embarquer progressivement le public dans son univers atypique via une entrée en matière sombre, étrange et volontairement abrasive qui tranche totalement avec ce qui suivra ensuite… mais qui aura eu le mérite de parfaitement lancer cette soirée placée sous le signe des décibels et de la sueur.
Car lorsque les lumières s’éteignent définitivement quelques minutes plus tard, il devient immédiatement évident que NASHVILLE PUSSY n’est pas venu à Toulouse pour faire de la figuration. Et avant même que le premier riff ne retentisse, la scène offre déjà une image assez improbable : obligés de traverser littéralement la foule pour rejoindre les planches, Blaine Cartwright et les siens fendent difficilement un public compact massé jusqu’au moindre recoin du bar. Difficile d’être plus proche des fans… Puis vient le terrible « Pussy’s Not a Dirty Word ». Et là, plus aucun doute : le Chorus va prendre cher !
En effet, dès les premiers accords, la salle explose littéralement. Ça pousse dans tous les sens, les premiers rangs s’écrasent contre la scène minuscule et certains spectateurs finissent même au pied de la bassiste Bonnie Buitrago tant la pression devient forte devant les barrières improvisées du premier rang. Dans cette fournaise où la bière se mélange rapidement à la sueur, NASHVILLE PUSSY déroule son hard rock sans le moindre temps mort, enchaînant les morceaux à une vitesse folle (« Speed Machine », « Gonna Hitchhike Down to Cincinnati », « Shoot First and Run Like Hell », « Go Home and Die », …).
Il faut dire que les Américains connaissent parfaitement la recette. Depuis des décennies, le groupe pratique un rock’n’roll graisseux et ultra efficace, quelque part entre MOTÖRHEAD, AC/DC et les RAMONES, avec cette capacité intacte à transformer chaque concert en gigantesque beuverie électrique. Et ce soir encore, la machine tourne à plein régime (« Testify »).
Sur scène, Ruyter Suys capte immédiatement tous les regards. Véritable pile électrique, la guitariste arpente l’espace minuscule du Chorus comme si elle jouait devant plusieurs milliers de personnes. Chevelure blonde en furie, riffs énervés, attitude totalement décomplexée : l’Américaine fait le show du début à la fin et alimente elle-même l’intensité du concert. À ses côtés, Blaine Cartwright assure lui aussi le spectacle avec son mélange de rock sudiste, d’humour gras et d’attitude de vieux briscard du rock’n’roll. Car évidemment, avec NASHVILLE PUSSY, le whisky et la bière ne sont jamais bien loin… Entre deux morceaux, Blaine descend quelques rasades et vide des bières dans son célèbre chapeau de cowboy avant de les engloutir sous les acclamations du public et harangue la foule avec ce mélange de décontraction et de provocation gentiment crasse qui fait partie intégrante de l’univers du groupe.
Derrière eux, la section rythmique fait un travail colossal. Bonnie Buitrago apporte énormément d’énergie à l’ensemble avec sa basse massive et ses chœurs rugueux, tandis que Dusty Watson (également batteur de THE SONICS) cogne ses fûts avec puissance. Le bonhomme donne tellement de sa personne qu’un roadie finit même par rester sur scène pour lui faire de l’air avec une serviette la température devient infernale dans le Chorus.
Et pourtant, malgré la chaleur étouffante et les litres de sueur déversés dans la fosse, personne ne semble vouloir ralentir le rythme.
Au fil du set, NASHVILLE PUSSY aligne les classiques comme autant de brûlots taillés pour le live : « High as Hell », « Come On Come On », « Go Home and Die », « Piece of Ass », « Hate and Whiskey » ou encore « Pillbilly Blues » transforment progressivement le bar toulousain en véritable rade sudiste sous amphétamines. L’ensemble est brut, excessif, parfois complètement absurde… mais terriblement efficace ! Le groupe profite également de la tournée pour dévoiler deux morceaux issus du futur maxi 10 Inches Of Pussy Season 1. Ainsi, « Jacking Off And Taking Names » et « King Shit Of Fucking Mountain » trouvent parfaitement leur place au milieu de cette avalanche de décibels et montrent que les Américains n’ont absolument rien perdu de leur mordant malgré les années.
Et justement, c’est probablement ce qui impressionne le plus ce soir : après près de 30 ans de carrière, NASHVILLE PUSSY conserve cette capacité rare à jouer chaque concert comme si sa survie en dépendait. Pas de longue pause, pas de ventre mou, pas de baisse de régime. Le groupe avance comme un véritable rouleau compresseur et écrase tout sur son passage dans un vacarme jouissif. Et lorsque retentissent finalement les dernières notes de « Go Motherfucker Go », le Chorus ressemble à un champ de bataille : cheveux collés par la transpiration, corps épuisés, tympans rincés et sourires jusqu’aux oreilles. Fatigué, trempé, probablement légèrement sourd aussi… mais heureux d’avoir pris cette énorme claque de hard rock en pleine figure.
Au final, cette date toulousaine aura rappelé une chose essentielle : malgré le temps qui passe, NASHVILLE PUSSY reste l’un des meilleurs groupes de hard rock live de sa génération. Et voir une machine pareille évoluer dans une salle aussi petite et bondée que le Chorus a donné finalement à ce concert une saveur encore plus explosive. Une heure et demie de décibels, de whisky, de sueur et de rock’n’roll graisseux. Bref, exactement ce qu’on était venu chercher ce soir…
Setlist :
Pussy's Not a Dirty Word
Shoot First and Run Like Hell
High as Hell
Come On Come On
Speed Machine
Gonna Hitchhike Down to Cincinnati and Kick the Shit Outta Your Drunk Daddy
Go Home and Die
Rub It to Death
Testify
Jacking Off And Taking Names
King Shit Of Fucking Mountain
Struttin' Cock
Hate and Whiskey
Pillbilly Blues
Till the Meat Falls Off the Bone
Piece of Ass
Why Why Why
Go Motherfucker Go