Chronique réalisée par :
inglewood
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Samedi 20 juin :
10h30 - 11h00 : Locomuerte (Mainstage 2)
Locomuerte, c’était le réveil-matin idéal au lance-flammes pour attaquer cette nouvelle journée à 10h30 sur la Mainstage 2. Rien de tel que leur Chicano hardcore/thrash ultra-vitaminé pour secouer la poussière de la veille et réveiller Clisson d'un coup de poing.
Dès les premières secondes, les Parisiens ont imposé un rythme d'enfer. Porté par un chant en espagnol survolté, des riffs frénétiques et une section rythmique en mode rouleau compresseur, le groupe a déployé une énergie brute et ultra-communicative. Face à cette décharge d'adrénaline, la fosse, encore un peu ensommeillée au départ, n'a pas mis longtemps à s'activer pour lancer les premiers mosh pits et circle pits de la journée.
Trente minutes intenses, festives et d'une efficacité redoutable. Une véritable injection de pur crossover qui a mis tout le monde d'équerre pour la suite des festivités.
11h05 - 11h35 : Vigljós (Temple)
Vigljós, c’était l'immersion mystique parfaite pour enchaîner à 11h05 sous la Temple. Changement radical d'ambiance : on quitte la fureur du matin pour plonger directement dans un black metal atmosphérique et rituel, teinté d'influences néo-folk et nordiques.
Sous la Temple encore fraîche, le groupe a déployé une musique à la fois sombre, lancinante et profondément hypnotique. Les nappes de guitares glaciales se mêlent à des structures rituelles et des chants incantatoires, créant une atmosphère solennelle qui captive immédiatement l'auditoire. Visuellement, la sobriété est de mise, laissant toute la place à cette complainte obscure et envoûtante qui résonne comme un écho des forêts anciennes.
Trente minutes d'une parenthèse hors du temps, intense et habitée. Une excellente mise en bouche pour les amateurs de noirceur et de mélancolie païenne.
13h10 - 13h50 : Escuela Grind (Mainstage 2)
Escuela Grind, c'était la démolition en règle de début d'après-midi sur la Mainstage 2. À 13h10 pile, le quatuor américain est venu administrer une monumentale baffe de grindcore et de powerviolence, afin de s'assurer que personne ne piquait du nez sous le soleil.
Mené par la tornade Katerina Economou, le groupe a déployé une violence brute d'une intensité folle. Katerina arpente la scène comme une lionne en cage, alternant growls abyssaux et cris stridents, tandis que le reste du combo balance des breakdowns ultra-lourds et des accélérations frénétiques. Le contraste entre le grand sourire ultra-communicatif de la chanteuse et la sauvagerie absolue de leur musique crée une dynamique unique et hyper rafraîchissante.
Dans la fosse, le message est passé instantanément : les mosh pits sont devenus massifs et ultra-physiques. Quarante minutes d'une efficacité chirurgicale et d'une fureur contagieuse qui ont laissé le public essoré et conquis.
13h55 : KING 810 (Warzone)
La Warzone se remplit doucement mais sûrement d'âmes ayant soif de la fureur ravageuse de David Gunn, ou encore de curieux pas encore effrayés par ce qui se prépare en backstage.
Le show débute avec un line-up complet, pour une fois, et bien déterminé à diffuser l'énergie possédée de chacune de leurs créations toutes plus violentes et percutantes les unes que les autres. On retrouve un frontman plus subtil dans sa prestation scénique qu'auparavant mais tout aussi efficace, une performance vocale bouillonnante mais maîtrisée, une profondeur de voix à en faire trembler le sol jusqu'à la Purple Stage. On se demande d'ailleurs d'où provient sa souplesse ensorcelée à s'en rouler par terre avec des Rangers lacées jusqu'aux genoux... Guitariste, bassiste et batteur s'accordent parfaitement sur un décor sobre, masqués ou encapuchonnés, chacun incarnant leur rôle de pilier solide au rouleau compresseur sonore qui nous parvient tout au long de ce set.
Les tubes s'enchaînent, « Alpha & Omega », « Vendettas",... sous cette chaleur écrasante qui ne laisse aucun répit à nous, pauvres festivaliers atomisés par ces furieux en provenance de Flint.
On retiendra un déploiement de force massive durant tout ce show, sans fioritures, à l'image de la formation tumultueuse mais qui semble se stabiliser et faire preuve d'une maturité scénique plus assumée et ancrée. Un concert immanquable qui a ravi les fans de King 810, une occasion trop rare pour nous européens.
15h25 - 16h05 : House Of Protection (Mainstage 1)
House Of Protection, c’était le grand moment de folie pure et d'adrénaline de l'après-midi sur la Mainstage 1. À 15h25, le duo américain (formé par des anciens de Fever 333) est venu retourner le festival avec son mélange explosif de post-hardcore, de punk et d'électro survoltée.
Le groupe a déployé une énergie scénique absolument hors de contrôle, enchaînant les morceaux avec une rage et une intensité contagieuse. Mais le clou du spectacle, le moment qui a laissé tout le monde complètement bouche bée, est venu du guitariste : dans un élan de pure démence punk, il a entrepris d'escalader la structure latérale de la Mainstage 1. Il s'est ainsi retrouvé à plus de 30 mètres de haut, suspendu au-dessus du vide avec sa guitare, continuant de jouer son set comme si de rien n'était.
Un geste spectaculaire et complètement fou qui a provoqué une immense clameur dans la fosse. Quarante minutes d'un show totalement sauvage, imprévisible et d'ores et déjà mémorable !
15h25 - 16h05 : 1914 (Temple)
1914, c’était le moment le plus poignant, pesant et chargé d'histoire de l'après-midi sous la Temple. Le groupe ukrainien est venu déverser son blackened death/doom massif, mais la thématique habituelle du groupe a pris une dimension tragiquement concrète.
Au-delà de la puissance sonore brute – lourde, étouffante et transpercée de samples d'époque – c'est la prise de parole du frontman qui a glacé la fosse. Avec une gravité extrême, il a dressé un parallèle direct et bouleversant entre l'enfer des tranchées de 14-18 et le conflit qui ravage actuellement leur propre pays, soulignant notamment le fait dramatique que cette guerre moderne allait dépasser en durée celle de la Première Guerre mondiale.
Quarante minutes d'une intensité rare, où le metal historique est devenu un cri de résistance contemporain. Un set sombre, solennel et d'une force émotionnelle colossale qui a laissé le public de la Temple profondément marqué.
16h55 - 17h40 : Gaerea (Temple)
Gaerea, c’était le plongeon ultime dans les abysses de la noirceur, à 16h55 sous une Temple pleine à craquer. Les Portugais sont venus délivrer leur black metal dissonant et cathartique, confirmant leur statut de mastodontes de la scène contemporaine.
Visuellement, l'immersion est immédiate et totale : cagoules noires frappées de sigles dorés, mouvements de corps désarticulés et chorégraphies presque rituelles. Sur scène, le groupe ne joue pas seulement sa musique, il la vit avec une intensité théâtrale et viscérale. Les vagues de guitares ultra-rapides et mélancoliques se mêlent à des blasts implacables, tandis que le chanteur exprime une agonie et une rage pure qui captivent instantanément la fosse.
L'atmosphère sous la Temple est devenue lourde, presque suffocante, transportant le public dans un tourbillon d'émotions brutes. Quarante-cinq minutes d'un set d'une puissance esthétique et sonore magistrale, qui installe définitivement Gaerea parmi les grands maîtres du genre.
20h35 - 21h35 : Aura Noir (Temple)
Aura Noir, c’était l'heure du pèlerinage pour les puristes, le retour aux sources du vice et de la laideur à 20h35 sous la Temple. S'autoproclamant fièrement « le groupe de black/thrash le plus laid du monde », le trio norvégien est venu rappeler à tout le monde ce que signifie le mot underground.
Pas de chichis, pas de fioritures, pas de projections visuelles grandiloquentes : j uste une agression sonore brute, sale et méchante. Mené par un Apollyon impérial et un Aggressor toujours aussi possédé, le groupe a enchaîné les riffs vicieux et les rythmiques punk/thrash ultra-rapides, typiques de la vieille école des années 80 et 90. L'ambiance sous la Temple est devenue instantanément électrique, poussiéreuse et résolument rétro, déclenchant des mosh pits sauvages et des headbangs furieux du premier au dernier rang.
Une heure d'un set sans concessions, d'une efficacité d'autant plus redoutable qu'elle puise dans la pure noirceur du rock'n'roll poussé à l'extrême. Une formidable leçon de violence authentique administrée par les maîtres incontestés du genre.
21h40 - 22h40 : Carcass (Altar)
Carcass, c’était l'heure de la boucherie chirurgicale à 21h40 sous l'Altar. Les pionniers de Liverpool sont venus administrer une immense leçon de death metal mélodique et de goregrind, prouvant à une scène pleine à craquer qu'ils n'ont absolument rien perdu de leur tranchant.
Mené par un Jeff Walker au sommet de sa forme — distillant son humour cynique et ses vociférations acides entre deux morceaux — et un Bill Steer impérial à la guitare, le combo a déroulé une setlist parfaite. C'était un équilibre absolu entre la lourdeur chirurgicale de Heartwork et l'agression brute de leurs débuts. Les riffs, d'une précision millimétrée, ont littéralement découpé la fosse, tandis que les solos harmonisés faisaient mouche à chaque fois.
Dans le public, l'énergie est montée d'un cran : les mosh pits se sont transformés en de gigantesques remous humains sous les lumières crues de l'Altar. Une heure d'un set d'une efficacité redoutable, à la fois lourd, technique et terriblement groovy. Du grand art medical.
21h50 - 23h05 : Megadeth (Mainstage 2)
Megadeth, ce fût le rendez-vous des nostalgiques sur la Mainstage 2. Observé d'un peu plus loin en attendant le groupe suivant, ce concert du monument du Big Four a laissé une impression mitigée, même si la communion avec les fans était bien là.
Le poids des ans commence à se faire sentir pour Dave Mustaine : visiblement vieillissant, le frontman manquait un peu de jus et de puissance vocale pour porter ses classiques comme à la grande époque. Heureusement, le reste des musiciens s'en est particulièrement bien sorti, livrant une prestation technique irréprochable et exécutant les riffs légendaires avec une précision chirurgicale.
De son côté, le public s'est montré vraiment sympa et réceptif, compensant le manque d'énergie sur scène par une ferveur chaleureuse, ravi de reprendre en chœur les hymnes du groupe. Une performance en demi-teinte, mais sauvée par l'efficacité des musiciens et la bienveillance de la foule.
22h45 : OLD MAN’S CHILD (Temple)
Créé en 1989, OLD MAN’S CHILD est le projet en partie de Galder, plus connu pour son passage dans les rangs de Dimmu Borgir (qu’il a quitté il y a maintenant deux ans), mais bénéficie d’une notoriété pour les initiés avec cette formation de black symphonique et mélodique qui nous rafraîchit le temps d’un instant. Brutal dans la voix et fougueux dans les compositions, le set livré par les Norvégiens était purement réconfortant. On cherche la fraicheur comme on peut lors de ces grandes manifestations estivales, et ce courant d’air du nord a convaincu bon nombre de festivaliers, tant par la justesse de jeu que par les mélodies employées. Un régal !
23h10 - 00h30 : Limp Bizkit (Mainstage 1)
Limp Bizkit, c’était le grand rendez-vous nostalgie de la fin de soirée sur la Mainstage 1. Pendant 1h20, la bande de Fred Durst est venue réveiller les souvenirs de jeunesse d'une foule immense, même si, sur le plan purement scénique, le groupe a clairement choisi de rester dans sa zone de confort.
Il faut bien avouer que la prestation s'est révélée plutôt paresseuse. Loin de la fureur explosive de leurs grandes années, la machine Nu Metal a ronronné gentiment, manquant de vraie énergie et de cette folie brute qu'on était en droit d'attendre. Fred Durst a passé beaucoup de temps à cabotiner, et le show a souffert de trop nombreux interludes et bavardages qui cassaient systématiquement le rythme et l'élan du set.
Pourtant, la magie de leurs tubes est restée intacte. Malgré ces longueurs, le concert s'est transformé en un immense moment de partage ultra-festif : la fosse est devenue un karaoké géant à ciel ouvert. Quel plaisir coupable de s'égosiller en chœur sur Rollin', Break Stuff ou My Generation ! En fin de compte, à défaut d'une baffe scénique, ce fut un excellent moment de communion, léger et terriblement régressif.
00h35 - 01h50 : Behemoth (Mainstage 2)
Behemoth, c’était le chef-d’œuvre absolu, le point d'orgue magistral de cette journée à 00h35 sur la Mainstage 2. Propulsé en tête d'affiche à la suite de l'annulation de Volbeat, le groupe polonais a profité de l'opportunité d'une manière monumentale. Pour moi, c'est simple : c'était le meilleur concert de ce Hellfest, et peut-être même l'un des meilleurs auxquels j'ai assisté de Behemoth.
Nergal a prouvé une fois de plus qu'il sait tenir une Mainstage comme personne, imposant son charisme magnétique dès les premières secondes. Visuellement et musicalement, le show était grandiose : une déflagration à la fois puissante, sulfureuse et totalement envoûtante. La scénographie théâtrale et la précision de leur blackened death metal ont transformé le festival en une immense messe noire à ciel ouvert.
Le grand coup de maître de ma soirée ? J'ai réussi à me frayer un chemin dans la foule pour me retrouver à seulement quelques mètres de la scène. Une immersion totale, au plus près des flammes et de la fureur du groupe, qui m'a fait vivre ce set avec une intensité rare. Un grand moment d'anthologie où j'ai vraiment kiffé !