Avec : Voice and dance feat. Sonjack, Acabra, Dub Silence, Fallen Lillies, Il Mago, Les fils du facteur, Breaking the bank, Sang d'Ancre, Frag Dog Shakaponk Tribute, House of Brass
Chronique réalisée par :
IvanJack25
• Photographe :
IvanJack25
Jour 1 – Vendredi 21 Août
En arrivant sur le site au milieu de la nature rafraîchissante du Hot’ZOne Festival un peu en avance, nous avons été accueillis d’entrée avec bourrasques de vent et pluie soutenue, juste le temps de s’abriter à la grande buvette et tenter d’aider les bénévoles à ce que les tonnelles ne s’envolent pas. Ça commence très bien, tout le monde est enjoué, sauf les techniciens et le groupe qui jouera sur la scène B flanquée à la scène A, qui prend le déluge de plein fouet. Fort heureusement les retours et les amplis sont vite retirés et placés sous des grosses bâches, pendant que l’orage bat son plein avec les dernières balances de Voice and Dance. De toute façon, on a sauvé la buvette !
Le ciel se dégage enfin et « Voice and Dance feat. Sonjack » peuvent commencer, avec pas mal de retard. On sent que ce sont des locaux, au vu du public qui scande les prénoms de certains membres du groupe. Une section instrumentale classique batterie, basse, guitare, piano et deux chanteurs et trois chanteuses. On est sur une ambiance variété pop, leur compos sonnent très mélodiques et chantées en français, mais les ayant déjà vus il y a peu, quelque chose me manque à nouveau, quelques nuances, quelques choeurs arrangés plus judicieusement peut-être, les trois chanteuses chantent souvent à l’unisson alors qu’elles auraient pu s’éclater à harmoniser un peu plus, en tierces voire en quintes… Le tout sonne trop linéaire mais je sais qu’ils proposent habituellement leur spectacle avec costumes et danse, style cabaret. Peut-être que c’est justement ce complément qui manque ici.
Un beau moment frais tout de même, qui nous fait atteindre la scène B et les jeunes loups d’« Acabra », locaux aussi et qui auront la lourde tâche de jouer trois fois dans la soirée, à chaque changement de plateau de la grande scène. Ils nous délivrent un bon rock alternatif, un peu brouillon parfois, pas de chance ils n’ont pas la sono de la grande scène, ils l’auraient pourtant amplement mérité. En tout cas, ils chauffent bien les spectateurs devant eux.
Après vingt minutes de leur set qui ne me convainc qu’à moitié (ça changera un peu plus tard), une pizza au feu de bois avalée accompagnée d’une bonne Louve (bière blanche locale), place aux « Dub Silence », six jeunes musiciens vêtus de blanc, venus de Savoie nous diront-ils au milieu de leur set, et là je ne sais pas ce qui se passe ; je commence à dodeliner de la tête, mes jambes bougent toujours un peu plus et je me trouve à entrer dans leur univers reggae/hip hop vintage. Comprenez mon étonnement : je n’ai jamais vraiment aimé ce style de musique, le reggae, le ska et toutes ces musiques festives mais répétitives pour moi m’ont toujours laissé de marbre. Mais là, je continue à bouger, à presque danser au son du groove dingue de la section basse batterie de Lefteris et Léo, des trois chanteurs dont les belles voix ultra précises se complètent et dessinent de belles volutes sonores. J’apprécie d’autant plus le son impeccable avec les nombreuses incartades jazz du claviériste Étienne qui fait également chanter sa trompette à grands coups de pistons bourrés de feeling fluide et bienfaisant.
Tout sourire et d’une bonne humeur communicative, les trois vocalistes, Mehdi et les deux frères Clément et Augustin se posent quelques minutes pour un set semi-acoustique, afin de reprendre plus intensément quelques morceaux tendant vers la dub un peu plus moderne, alternée d’instants rap et de chanson, dotés de textes intelligents et classieux, qui ne me gênent même pas... Une révélation ? Je sors de leur prestation heureux, ravivé malgré l’humidité ambiante qu’a laissé l’orage de début de soirée. Ma chère et tendre me fera d’ailleurs la joie de m’offrir leur dernier album en vinyle « ultra »-dédicacé. La claque inattendue de la soirée ! J’en suis tout retourné !
On retourne sur la petite scène et j’ai l’impression que la qualité des Dub Silence ont reboosté Acabra, la chanteuse prend un peu plus de place que pour leur premier set et laisse sortir toute son énergie et sa voix, tantôt frêle, tantôt bien énervée. A noter un batteur et un bassiste excellents et inspirés, tout comme les deux guitaristes, dont on sent l’expérience de la scène planer sur leurs compos et quelques reprises. Prometteur tout ça.
Ensuite arrive le groupe le plus connu et attendu de la soirée, j’ai nommé les « Fallen Lillies », venues de Montbéliard pas très loin d’ici finalement et qui ont déjà en deux albums parcouru les plus gros festoches de la région et même de France, Hellfest, Rockalissimo, Eurockéennes, la Guerre du son, Xtreme Fest, Festival de la paille... Les quatre furies déboulent sur scène sans finesse, avec toute l’énergie brute dont elles disposent et nous balancent leur rock plein de fougue en pleine face, pour notre plus grand bonheur. C’est dommage que beaucoup de monde ait été découragé par la brise un peu fraîche, vous ne savez pas ce que vous avez manqué !
Hélène use de sa voix éraillée et puissante pour déclamer des textes engagés, surtout à propos de la condition féminine qui doit changer pour le bien de nos sociétés, prenant parfois la guitare rythmique pour accompagner sa consœur Laura, seconde gratteuse et choriste qui bastonne ses cordes avec fureur. La section rythmique n’est pas en reste, Marine fait rugir sa batterie avec une régularité sans concession et Laëtitia se confond avec sa basse, sans que rien ne la perturbe aucunement, chantant également sur les refrains pour plus de dynamisme et d’homogénéité. Leur set passe hélas à vitesse grand V et nous fait partager pratiquement tous les morceaux de leur dernier album « Cran », que je vous conseille vivement !!! Merci les Lillies, quelle énergie vous nous avez transmis, j’ai déjà hâte de vous revoir sur un autre moment de musique.
Acabra jouent une dernière fois sur la scène B et enfin lâchent toute la rage possible et nous prouvent que leur musique, assez commune au prime abord, se révèle bien intéressante et détient de bons moments pour la suite de leur carrière.
Pas la peine de rester pour le set du DJ Il Mago, qui nous abreuve d’entrée d’électro moderne et de beats d’ultrabasses insupportables (comment ça je n’aime pas les DJ???), dix minutes suffisent à me faire un avis et je rentre avec la banane aux lèvres et du baume au cœur. Vivement demain Jour 2, sans orage ni précipitation cette fois, et avec encore beaucoup de styles de musique réunis, c’est beau l’éclectisme !
Jour 2 – Samedi 22 Août
Il est 19h, le soleil brille, il fait 23 degrés, le temps idéal pour cette deuxième soirée du Hot’Zone Festival. « Les Fils Du Facteur » ont déjà commencé lorsque j’arrive sur site et j’ai le temps d’apprécier quelques-unes de leurs chansons décalées, bourrées d’humour et empruntant aussi bien à la chanson française (mais suisse comme ils le disent), au rock progressif par les sons de claviers et les mesures asymétriques utilisées parfois, à la bossa nova ainsi qu’au jazz par la façon de jouer acoustique du chanteur principal. Le batteur nous fait une démonstration de son talent avec un solo non dénué d’intérêt afin de mettre tout le monde d’accord. L’accordéon s’intègre bien avec l’ensemble qui sonne pro, structuré, le show se déroule très vite avec les interventions millimétrées des deux chanteurs qui ne cessent de se répondre et se chambrer et démontre une longue expérience de la scène.
On passe à la scène B avec les bisontins de « Breaking the bank » qui après 3 EP réalisés commencent à se faire un nom dans la région en distillant un heavy-thrash bien exécuté et vraiment carré. Les cinq musiciens sont en pleine forme et s’amusent autant qu’ils régalent le public réagissant positivement à la musique du groupe. Une demi-heure bien sympathique à se dégourdir les sens.
Il est l’heure des tant attendus « Sang d’Ancre », qui, venant du Haut-Doubs et de Suisse, promettaient une belle prestation festive et dansante. Je vais faire mon grincheux par rapport à la liesse provoquée sur le public nombreux et acquis à leur cause, je n’ai pratiquement pas bougé un orteil… Ce que j’attendais comme du bon rock celtique me paraît très plat, comme si un groupe de bal s’essayait à un style un peu plus folklorique mais sans conviction. Certes le groupe est bon, très bon même et nous avons tout de même droit à plus de dix musiciens sur scène, entre section cuivres, batterie, basse, guitares, cornemuse, chant et claviers. Justement est-ce bien la peine de déplacer tant de musiciens pour jouer une musique si simpliste et singulièrement populaire ? Bref, le principal est qu’ils aient convaincu la majorité des spectateurs, non ? Le succès est bien au rendez-vous.
Breaking the bank investissent à nouveau la petite scène et malgré l’intérêt certain que je leur porte, je sens qu’ils tournent un peu en rond, le chanteur possède un timbre très linéaire (inhérent au style) et on a l’impression d’avoir déjà entendu les morceaux, mais ils assurent franchement, je me mets à penser qu’ils n’auraient pas dépareillé s’ils étaient apparus au milieu des 90’s.
Au tour du tribute Shakaponk « Frag Dog » d’investir les lieux, d’entrée ils mettent tout le monde d’accord avec un son furieux, presque plus sonore que le groupe d’origine. Deux chanteuses très présentes scéniquement, Lilly et Audrey, ont la lourde charge de jouer les rôles de Frah et Sam et s’en sortent avec brio, les voix sont justes, énergiques, jouent l’une avec l’autre et les trois autres musicos Thomas le batteur, Olivier à la basse et Romain à la guitare abattent un boulot rythmique monstrueux, chapeau pour le batteur qui est d’une précision métronomique et d’une puissance incroyable. Un seul regret, je n’ai pas réellement le sentiment d’écouter du Shakaponk à part quelques morceaux connus comme « I’m picky » ou la reprise de Nirvana « Smells like teen spirit », il manquait le côté électro et déjanté que Shakaponk proposaient plus à leurs débuts au profit du côté rock voire heavy metal des derniers albums. Frag Dog reste un sacré groupe qui mériterait vraiment de composer et jouer ses propres chansons.
Pendant que Breaking the bank se déchaînent pour leur ultime prestation que je ressens comme leur meilleure et la plus maîtrisée, j’attends avec impatience les « House of brass », qui nous viennent du 77 et naviguent entre Bass House, Future House et Fusion Jazz, style que je ne connais pas vraiment mais dont les vidéos déjà visionnées m’ont donné l’eau à la bouche. Autant vous dire que je ne suis pas déçu, les néons en formes géométriques derrière les artistes dignes d’un night-club rétro nous embarquent dans l’univers nocturne à tendance techno mais sans l’être réellement. En effet, danser devant un batteur, un claviériste, un trompettiste et un saxophoniste qui nous envoient une énergie de dingue et une irrésistible envie de faire les fous, c’est quand même mieux qu’un DJ devant ses platines le doigt en l’air, non ? Le sax baryton de Maxime fusionne avec les basses du Minimoog et des samples de Luc, la trompette de Lucas nous embarque souvent entre voyage cosmique et musique de film improbable (j’ai entendu un ersatz d’Ennio Morricone) et Arthur maltraite sa batterie comme si sa vie en dépendait (il en cassera le timbre de sa caisse claire d’ailleurs), tout cela contribue à ce que l’ensemble de leur musique transforme le festival en véritable dancefloor. J’ai réellement adoré l’énergie transmise du groupe et je me suis à pris à dodeliner frénétiquement tout mon corps au son unique des quatre musiciens. Quoi de mieux pour clôturer un grand festival si éclectique ?
Au final, j’ai passé un excellent weekend en étant venu voir certains groupes qui, au final, ont été un peu éclipsés par d’autres que j’ai découverts, me conférant encore un peu plus une ouverture musicale inattendue.
Alors un grand bravo et respect pour les organisateurs de ce fabuleux moment, Tristan et Fanny Burgy (frère et soeur) ainsi que les bénévoles toujours souriants, de bonne humeur et généreux qui ont contribué à la réussite de cet événement qui a tout de même rassemblé 2400 personnes de tous âges et de tempéraments variés, à l’image de la programmation musicale. On se donne rendez-vous l’année prochaine à coup sûr ! Encore bravo et merci !
Merci infiniment à ma photographe JkP pour les kilomètres parcourus tout au long de ces deux jours.
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