Spade : Si vous deviez décrire Grima en 5 mots, quels seraient-ils ?
Morbius : Sinistre, sombre, atmosphérique et bonne musique.
S : Votre dernier album "Nightside," est disponible depuis le 28 février. Peux-tu m’en dire plus sur cette actualité toute fraiche ?
M: Beaucoup de morceaux de cet album ont été composés la nuit, afin de pouvoir totalement nous en imprégner. Nous avons traversé les forêts denses et grimpé aux montagnes de la Réserve Naturelle d’Ergaki, tout en descendant avec nos barques le long de la rivière Mana, qui coule dans le Yenisei. La nature qui nous entoure est notre principale inspiration.
Au début de l’été 2023, juste après notre deuxième tournée en Europe, nous avons reçu de nombreuses réactions positives durant les concerts et nous avons donc commencé à travailler sur un nouvel enregistrement avec enthousiasme. C’était important pour nous de créer un album qui se rapprocherait des racines de notre musique. Nous avons travaillé de manière différente qu’à l’accoutumée, en créant de nouvelles structures musicales. Chaque composition raconte une histoire et nous a plongé dans la beauté de la sombre forêt Sibérienne.
Avant d’enregistrer au studio, nous avons préparé des démos qui apportent une vision approximative du son qu’on voulait pour cet album, avec les principaux arrangements des morceaux. Nous travaillons de concert avec notre ingénieur du son permanent, Vladimir Lehtinen, qui nous comprend et qui nous aide à atteindre le meilleur rendu pour notre musique.
Nous enregistrons dans un studio analogique (ndlr : un studio d’enregistrement sans aucune transformation numérique) et utilisons de nombreux équipements. Nous partons d’un son brut que nous façonnons ensuite. Nous n’utilisons pas de préréglages digitaux qui sont disponibles et populaires dans l’industrie contemporaine du son.
S : Sur la cover de l’album, nous voyons des “récolteurs de crânes”, qui sont-ils ?
M: Ces personnages sont en réalité une représentation des membres du groupe. Notre imagerie symbolise le caractère ténébreux et tourmenté de cette forêt, où la nature fait preuve d’hostilité face à la présence et l’activité humaine. Un hôte indésirable pourrait être châtié s’il ne traite pas le temple qu’est la forêt avec respect. Dans le monde de Grima, il n’y a aucune place pour l’humanité, seule la volonté de l’esprit primordial de la nature compte.
S : "Nightside" est effectivement un hommage à l’esprit de la forêt. Quelle est son histoire ?
M: Notre nouvel album est, d’une manière générale, dédié aux ténèbres de la nuit telle qu’elle apparaît dans la forêt Sibérienne. Vous serez confronté au noir infini de cette nuit, dans une forêt sombre et glacée. L’obscurité a élu domicile sur nos terres. Un destin tragique se profile à l’horizon, noir comme l’ébène. Un appel mystérieux attire le voyageur dans les profondeurs de la forêt, avec au bout du chemin, les ténèbres et la ruine qui l’attendent. Dans ces ombreuses contrées, les Skull Gatherers sont déjà prêts à récolter les restes d’un visiteur que plus personne ne recherche, de crainte de se fourvoyer dans ces lieux où la mort rôde. La nuit vient, une nuit sans commencement ni fin, dans laquelle ceux qui s’y aventurent oublient la lumière. Des volets claquent avec fracas aux fenêtres de cabanes inoccupées, des centaines d’yeux vous scrutent depuis l’obscurité, les chemins s’entortillent sur eux-mêmes et les morts ont lancé un compte à rebours pour les vivants. Une brume sinistre, qui vient de la montagne, recèle des atrocités commises par une force inconnue en son sein, enfouie dans les profondeurs d’un abîme cauchemardesque.
Nous avons travaillé chaque détail de notre album. Notre histoire s’enracine et le rituel continue.
S : Vos masques sont uniques, que symbolisent-ils ?
M: Notre créativité est importante à nos yeux. La musique et l’art visuel permettent une approche théâtrale de la créativité. L’image et la musique devraient toujours se compléter de manière harmonieuse, dans le but de créer un concept bien défini. Une imagerie puissante contribue au contenu de n’importe quelle forme d’art. En portant nos robes noires et nos masques en bois, nous nous transformons en esprits de la forêt Sibérienne. Nous sommes des vieux arbres morts, des souches et des racines sages. Nous sommes les gardiens de la taïga. Nos masques sont les cris de l’écorce. Nous avons imaginé une histoire dans laquelle Grima serait une ancienne divinité forestière qui se révolte contre l’ignorance de l’humanité face à la nature.
S : J’ai eu des frissons lorsque j’ai écouté votre musique. Est-ce que vous pensez que c’est dû à l’atmosphère gelée de votre album ?
M: Nous aimons faire de la randonnée. L’enthousiasme de pouvoir s’immerger dans les conditions extrêmes de la taïga nous pousse à en faire au moins une fois par an. Nous avons de nombreuses forêts autour de nous. Ce qui explique pourquoi nous aimons tellement mettre cette nature au cœur de notre musique. À l’endroit où nous vivons, la neige recouvre tout pendant la moitié de l’année et le vent souffle. Ce climat a une influence sur la manière dont nous nous percevons. L’atmosphère de la musique de Grima est façonnée par notre vie et par notre environnement.
S : Grima a deux membres originels, Vilhelm and Morbius, rejoint ensuite par Serpentum et Vlad. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre groupe ?
M: Nous travaillons ensemble depuis de nombreuses années. Ce n’est pas le premier album de Grima où nous sommes quatre. Au départ, nous avons travaillé à deux sur la musique de Grima, qui était un projet studio. Puis, en 2020, nous avons réalisé les premiers concerts de l’histoire du groupe. Serpentum et Vlad étaient les seuls musiciens avec qui nous pouvions jouer en live.
Mais, nous jouions déjà ensemble dans Ultar depuis 2016. Nous sommes habitués aux tournées désormais et nous sommes très à l’aise de travailler et d’être sur la route tous ensemble. C’est grâce à cette équipe soudée que Grima a pu commencer à jouer sur scène. Nous sommes en phase au studio et sur scène. Vlad applique notre vision à travers sa batterie et Serpentum s’occupe des enregistrements et de l’organisation du travail en studio. Valentina Astashova gère la partie claviers et effets spéciaux et Sergey Pastukh intervient sur la partie accordéon (bayan). Nous avons collaboré avec eux depuis de nombreuses années et ils ont participé à nos quatre albums.
S : Pouvez-vous nous en dire plus sur la tournée à venir ?
M: Dans la deuxième moitié d’avril, nous allons commencer une tournée Européenne majeure. Plus d’une trentaine de concerts et de festivals sont prévus, comme au Hellfest et au Ragnarök. Pouvoir faire autant de concerts, c’est important pour nous et découvrir la programmation des grands festivals nous plaît beaucoup. En effet, nous serons aux côtés de nos groupes préférés !
Nous avons préparé aussi une belle date pour soutenir notre nouvel album. Les deux dernières années, nous avons pu beaucoup jouer en concert, ce qui nous a fait gagner de l’expérience de la scène et nous permet de donner vie à nos objectifs de création. Ainsi, nous avons pu utiliser des éléments de notre set-up dans nos derniers clips officiels.
S : Merci, Grima, pour ce bel échange depuis les forêts enneigées de Sibérie. Je vous laisse le mot de la fin.
M: Rejoignez le culte de Grima. Écoutez votre musique préférée. Communiquez avec la nature et prenez-en soin.