Interview — Français
Bonjour à vous, et bravo pour ce premier album que j’ai beaucoup apprécié. Pouvez-vous présenter le groupe et ses membres ?
Merci beaucoup ! Humans Why?, c’est quatre gars de Tulle qui se connaissent depuis longtemps et qui ont partagé dans le passé d’autres projets musicaux avec tout ce que cela comporte comme satisfactions, difficultés et galères. Ces différentes expériences musicales nous ont soudés et nous avons un mental à toute épreuve. Il y a Reg au chant et à la guitare, Dam à la guitare et aux chœurs, Pierre à la basse et aux chœurs, et PH à la batterie. On vient tous avec nos influences, nos façons de jouer et probablement aussi nos défauts… et c’est justement ce mélange qui fait Humans Why?. Le groupe est né d’une envie assez simple : faire la musique qu’on avait envie d’entendre et de jouer, sans essayer de rentrer dans une case précise. Du metal moderne, de l’indus, du groove, du sludge, parfois des choses plus progressives ou atmosphériques… Tant que ça sert le morceau, ça nous va.
Comment s’est passé la réalisation de ce premier album ? Composition, enregistrement…
On ne s’est pas assis autour d’une table en disant : « Bon, maintenant on va faire un album de metal indus. » Les morceaux sont arrivés avec leurs propres identités. Généralement, on part d’un riff, d’une ambiance, d’une rythmique ou d’une idée, puis chacun apporte sa pierre et le morceau évolue. On travaille beaucoup sur les contrastes : quelque chose de très mécanique peut soudain laisser la place à une partie beaucoup plus atmosphérique, et inversement. L’enregistrement a ensuite permis d’aller encore plus loin dans les textures, les sons, les voix et les ambiances. Au final, les huit morceaux sont assez différents, mais on s’est rendu compte qu’ils racontaient tous quelque chose du même univers. C’est devenu Fakemocracy.
J’ai ressenti beaucoup d’influences dans cet album, d’Annihilator à Pantera, en passant par Ministry pour le côté indus, teinté d’un peu de Heavy-Metal 80 et de progressif. Quels sont vos styles de prédilection en tant que fans et auditeurs ?
La liste pourrait devenir très longue ! On vient évidemment du rock et du metal, mais pas uniquement. Ministry fait clairement partie de notre culture musicale, comme tout ce qui a mélangé à un moment donné les machines, les guitares et quelque chose de beaucoup plus organique. Pantera, le groove metal, l’indus, le metal alternatif, le prog, le rock sombre… tout ça fait partie du paysage. Mais chacun écoute aussi des choses différentes et c’est important pour nous. On préfère absorber toutes ces influences plutôt que décider qu’un morceau doit absolument appartenir à tel ou tel style. Si quelqu’un entend Ministry, quelqu’un d’autre Pantera et un autre quelque chose de complètement différent dans le même morceau, finalement ça nous plaît plutôt bien.
Comme dit dans ma chronique, chaque morceau possède un petit univers propre et c’est là tout l’intérêt de vos compositions, on découvre quelque chose à chaque écoute. Avez-vous cela en tête lorsque vous composez ou cela-t-il vient naturellement ?
C’est probablement l’un des commentaires sur l’album qui nous fait le plus plaisir. Ce n’est pas vraiment calculé au départ. Ça vient assez naturellement de notre manière de composer. On aime qu’un morceau évolue. On peut partir d’un riff très frontal et se retrouver quelques minutes plus tard dans quelque chose de beaucoup plus froid ou atmosphérique. On aime aussi les ruptures, les changements de métrique, les petits détails qu’on ne remarque pas forcément à la première écoute. En revanche, une fois que l’univers d'un morceau commence à apparaître, là, on le pousse volontairement. On essaie finalement de faire des morceaux qui racontent quelque chose plutôt que simplement d’aligner couplet, refrain, couplet, refrain. Donc oui : si on peut encore découvrir un détail à la cinquième écoute, mission accomplie.
De quoi parlent vos chansons ? J’ai cru percevoir un engagement sur un désir d’un changement de société, une critique des comportements humains…
Le nom Humans Why? donne déjà un petit indice ! Il y a effectivement beaucoup de questions sur l’être humain, ses contradictions et la société qu’il construit. Fakemocracy parle notamment du rapport au pouvoir, de manipulation, de liberté, de nos comportements collectifs, de notre rapport à l’information et plus généralement de certaines absurdités du monde actuel. Mais on ne veut pas faire de Humans Why? un groupe qui explique aux gens ce qu’ils doivent penser. On préfère poser des questions. C’est d’ailleurs tout le sens du « Why? ». Pourquoi on accepte certaines choses ? Pourquoi on reproduit certains comportements ? Pourquoi une société capable de progrès incroyables peut-elle continuer à fabriquer autant de violence, d’inégalités ou d’absurdités ? On n’a pas forcément les réponses. Mais on a quelques riffs pour accompagner les questions.
Tournez-vous beaucoup ? Quelles sont les dates potentielles à venir ?
Nous sommes au tout début de cette nouvelle aventure et notre challenge actuel est de faire connaître HUMANS WHY? auprès du public et des programmateurs de festivals. Le live est clairement une partie importante du projet et on veut maintenant faire vivre Fakemocracy sur scène. L’objectif est d’emmener l’univers de l’album sur scène, avec quelque chose qui ne soit pas seulement quatre musiciens qui jouent leurs morceaux. On travaille beaucoup sur le son, les transitions, les ambiances et la dimension visuelle du show. On veut que le concert soit le prolongement de Fakemocracy.
Avez-vous déjà pensé à un deuxième album, avez-vous de nouveaux morceaux en cours ?
Oui. Et forcément, après avoir terminé Fakemocracy, on n’a pas arrêté de faire de la musique ! Il y a déjà des idées et des choses qui commencent à prendre forme. Ce qui est intéressant maintenant, c’est qu’on sait beaucoup mieux ce qu’est Humans Why?. Le premier album nous a permis de construire notre langage et notre univers. Pour la suite, l’idée n’est surtout pas de faire Fakemocracy 2. On veut conserver notre ADN mais aller plus loin : davantage de contrastes, davantage d’atmosphères, probablement plus de prise de risque aussi. Bref, continuer à nous surprendre nous-mêmes. Sinon ça ne sert pas à grand-chose.
Quel(le) artiste disparu(e) voudriez-vous voir renaître, et pourquoi ?
C’est un peu difficile de répondre collectivement car nous avons tous les quatre des sensibilités différentes. Mais ce serait intéressant de pouvoir revoir un artiste qui a changé les règles, quelqu’un capable de prendre des risques, de surprendre et de faire évoluer la musique. On peut dire qu’Eddie Van Halen nous semble être un des artistes qui correspond bien à tous ces critères.
Quelles sont vos récentes découvertes musicales ?
On continue tous à chercher de nouvelles choses et heureusement, parce que la scène actuelle est extrêmement riche. Ce qui nous intéresse particulièrement, ce sont les groupes qui arrivent à mélanger les genres sans que ça ressemble à un exercice de style. Des groupes qui ont une identité immédiatement reconnaissable, qu’ils viennent du metal, de l’indus, de l’électro ou complètement d’ailleurs. Il y en a plein mais pour en citer un, nous avons bien aimé la prestation de GOD IS AN ASTRONAUT sur la scène Valley au Hellfest avec un son moderne et un univers enivrant qui nous embarque jusqu’à la fin. C’est souvent en écoutant quelque chose qui n’a a priori rien à voir avec Humans Why? qu’une nouvelle idée apparaît.
Merci pour votre temps et pour votre musique, je suis déjà impatient pour la suite. Le dernier mot est pour vous.
Merci surtout à toi d’avoir pris le temps d’écouter Fakemocracy, et surtout de l’avoir écouté suffisamment attentivement pour aller chercher tous ces petits détails. Pour un premier album, voir des gens entrer dans notre univers, l’interpréter et parfois y entendre des choses auxquelles nous n’avions même pas pensé, c’est probablement la meilleure récompense. Fakemocracy est notre première réponse. Mais vu le nom du groupe… on a encore beaucoup de questions. No slogans. No sermons. Just one question : Humans… Why? See you on stage.