CHRONIQUES DE CONCERTS

pavillon 666 webzine metal rock TOUTES LES CHRONIQUES pavillon 666 webzine metal rock ÊTRE CHRONIQUÉ pavillon 666 webzine metal rock ÊTRE CHRONIQUEUR


WITH FULL FORCE
Avec : Motörhead, volbeat, rob zombie, behemoth, sepultura hatebreed, kataklysm, madball, walls of jericho, dew scented, etc...
Date du concert : 04-07-2014
Lieu : Open air - Löbnitz [ Allemagne ]
Affluence : NC
Contact organisateur : http://www.withfullforce.de/news.php?lang=en
Interview :
 Pavillon 666 - metal rock webzine  
Date de la chronique : 05 août 2014 - Chroniqueur : Der.Lehrer - Photographe :


LE WFF, festival de metal et hardcore dans la campagne de la Saxe (Allemagne).


C'était mon dixième voyage à Berlin.Le premier remonte à 1969, le Mur avait 8 ans, la guerre froide était une réalité. J'ignorais encore que j'enseignerais la langue de Goethe quatre décennies durant. Vingt ans plus tard, il n'y avait qu'un seul Berlin et en octobre 1990, l'Allemagne était réunifiée.
Dans le train qui m'emmenait dans la capitale allemande en ce début juillet 2014, feuilletant un magazine de rock-metal, « Metal Hammer » pour ne pas le citer » ,je songeais aux nombreux groupes de rock-metal, heavy metal ou de rock en général, qui ont éclos dans ce pays tout au long de ces 25 dernières années et à ceux de la RDA, qui existaient déjà avant les années 90, mais dans une semi-clandestinité, ou sous un autre nom, RAMMSTEIN par exemple. La RFA, elle, a produit des groupes « phares » parmi les plus anciens sur la scène metal internationale, tels KREATOR, ACCEPT, SCORPIONS, SODOM... bien avant le « grand tournant », comme on dit chez nos voisins.
Survolant les dernières pages du magazine nommé plus haut, je tombe sur la rubrique « concerts et festivals d'été », étrange, non ? Et j'appris qu'un festival présentant une affiche fort intéressante avait précisément lieu le week-end suivant, à une centaine de kilomètres au sud de Berlin, non loin de Leipzig. Je connaissais le Wacken OA, le Party San, le Summer Breeze, mais le « With Full Force » pas du tout. Il y avait encore des places à un prix raisonnable. Modifiant mon programme, je me rendis donc au WFF à Roitzschjora, en Saxe occidentale. Pour trois jours sous un soleil de plomb.

Le texte qui suit n'est pas ce qu'on appelle communément un live-report illustré de photos. Je ne procéderai donc pas à une analyse plus ou moins technique ou à un commentaire d'expert des prestations des 59 groupes présents sur le site, au milieu des champs de maïs. Seuls les groupes majeurs ou « découvertes » feront l'objet de brèves remarques. Il s'agira plutôt d'exprimer des sentiments personnels, d'évoquer quelques surprises, des souvenirs, de noter quelques remarques sur le festival en général, les groupes, le public, l'organisation, l'aspect commercial de l'événement etc.
Il s'agissait cette année de la 21ème édition du With Full Force, un festival qui se proclame « WFF pro tolerance against racism » et « WFF-community gegen Nazis ». Les choses sont claires.
Le festival se déroule sur un immense terrain, en partie agricole, en partie terrain d'aviation désaffecté. L'accès est simple et aisé, une navette de bus est mise à la disposition des festivaliers sans voiture. Le camping occupe au moins la moitié du site, avec un secteur réservé aux personnes handicapées (PMR). Les boutiques de merchandising sont innombrables et d'une variété à peine imaginable, réparties sur le périmètre entier du site. Ne parlons pas des bars et autres points de vente de boissons, de spécialités culinaires et de rafraîchissements divers. Tous les 50 mètres!Information, presse, distributeur de billets, dédicaces, Croix Rouge etc. on a pensé à tout ! Notamment au respect du cadre naturel, on est en Allemagne, mais la perfection n'est pas de ce monde:le public déplore le manque d'ombre, de toilettes et de points d'eau.
Deux scènes ont été dressées assez proches l'une de l'autre, bonne idée ! Une vaste scène principale (Mainstage) où se produiront les groupes de notoriété internationale, avec écran « géant » à droite, à 100 mètres de là, un immense chapiteau à huit mâts, la Tentstage baptisée « Hardbowl », réservée au hardcore et au punk-rock. Sécurité avant tout, scènes surélevées inaccessibles aux slameurs, séparées du public par de multiples barrières métalliques, un agent de sécurité tous les deux mètres, vigilant mais compréhensif avec les fans déchaînés.
Les groupes qui se produiront sur la Mainstage bénéficieront d'un son impeccable, alors que celui de la Tentstage sera assez exécrable, ce qui n'empêchera pas le public de fréquenter en nombre les deux scènes, question de goût musical. A noter que les deux scènes fonctionnent en léger décalage l'une par rapport à l'autre.
Et le public ? Jeune, masculin et féminin,discipliné et respectueux, pour une large part né après les événements de 1989-90, il n'a pas connu le régime strict de la RDA. La « Freikörperkultur » pratiquée en Allemagne de l'Est n'est pas morte, certains jeunes festivaliers – certes peu nombreux- largement dévêtus, sont là pour le rappeler, sans choquer qui que ce soit. On trouve même des stands entièrement consacrés à la « nostalgie de la RDA » (DDR-Sehnsucht), proposant journaux, littérature, souvenirs hétéroclites, symboles d'une époque révolue...Ce qui m'a surpris également, mais à moitié seulement, ce sont ces distributeurs ambulants de bière et même de Jägermeister qui n'hésitent pas à se faufiler dans la foule pour satisfaire ceux et celles qui n'ont pas pu ou voulu faire quelques pas jusqu'aux bars qui ne manquent pourtant pas. Mais rassurez-vous, ces vendeurs de boisson houblonnée et de liqueur forte (deux grandes marques sont partenaires officiels du festival) sont immédiatement suivis par d'avenantes jeunes filles qui vous proposent un éthylomètre, au cas où vous prendriez le volant...Si quelques métalleux ou coreux goûtent le « met » (genre d'hydromel) ou l'absinthe, beaucoup se contentent d'eau gazeuse ou d'Apfelschorle (sorte de cidre). Précisons au passage que le demi de bière coûte 2,50 € et le « Pfand » (la consigne) 2 €. On imagine le nombre d'hectolitres vendus pour étancher la soif de 25 000 personnes (sur les trois jours).

Il est grand temps d'aborder l'essentiel : la musique, le running order et quelques prestations qui auront retenu mon attention, en bien ou en moins bien.
Comme il a été mentionné dans la première partie de ce récit, 59 formations de metal et hardcore, essentiellement européennes et nord-américaines, figurent sur l'affiche de ce XXIème WFF. La plupart n'ont droit qu'à un set de 35 à 50 mn, seules 8 pourront jouer 1h ou plus, notamment VOLBEAT (1h 30), MOTÖRHEAD (1 H 15) et ROB ZOMBIE (1h). Les concerts commencent entre 14 et 15h pour se terminer entre 1h et 1h 30 . Pour les festivaliers à qui il reste quelques forces, les 3 soirées se prolongeront jusqu à 5h du matin (Knüppelnacht le 1er jour), jusqu'à 3h (Saturday Night Fever le 2ème jour) et jusqu'à 2h 40 (The Last Supper le 3ème jour). J'avoue que je m'en suis privé (ou passé). Je n'ai donc malheureusement pas vu NILE, SHINING (bm), FINNTROLL, MOONSPELL etc.

Jour 1 (vendredi 4 juillet)

Le festival commence pour moi par le show death/grind des Allemands de MILKING THE GOAT MACHINE, tout de suite dans le vif du sujet, énergiques et efficaces derrière leurs masques de chèvres. Immédiatement ils déclenchent les hostilités dans le pit. Ils seront suivis par THE BLACK DAHLIA MURDER (BDM pour les fans), égaux à eux-mêmes, provoquant une véritable émeute devant la scène. Un peu plus tard, les Québecois de KATAKLYSM ne décevront pas non plus. Mais c'est le groupe US de HATEBREED qui mettra tout le monde d'accord en offrant une heure de folie au sens propre du terme. Un spectacle éblouissant sur scène et sur cette immense « esplanade » !
La soirée de la Mainstage s'achèvera par le spectacle avec effets pyrotechniques des Danois de VOLBEAT, un groupe très en vogue en cet été 2014. Dommage, ils ne m'ont pas convaincu, un spectacle trop convenu, une mise en scène excessive, un côté artificiel et beaucoup de paroles inutiles – on aura compris que le frontman aime beaucoup Elvis Presley ! Je les avais appréciés davantage au Hellfest 2013.
L'après-midi du vendredi, quatre groupes avaient retenu mon attention dans la moiteur de la Tentstage : OBEY THE BRAVE (Canada), PROTEST THE HERO (Canada), DISCIPLINE (Pays-Bas) et surtout EMMURE (USA). Le public allemand aime aussi le hardcore et autres nuances dont le nom se termine par « -core », il le montre, il vaut mieux s'éloigner de la fosse pour ne pas servir de piste d'atterrissage pour slameurs invétérés.

Jour 2 (samedi 5 juillet)

Le samedi sera riche en groupes réputés et de haut niveau, quel que soit leur style. C'est encore un groupe allemand connu qui va ouvrir les débats, les thrasheurs de DEW SCENTED, menés par leur fondateur et frontman, le chanteur charismatique Leif Jensen. A 15 h et pour 35 mn, DEW SCENTED et leur nouveau line-up enflammeront la grande fosse du WFF.
Ils joueront le dimanche 10 août au Sylak OA, non loin de Lyon, une région qui les a déjà reçus.
Puis une série de valeurs sûres et depuis longtemps confirmées, des groupes très différents, se succéderont sur la Mainstage jusqu'à 23 h 30. Tout d'abord CARNIFEX, une formation que les jeunes coreux vénèrent, WALLS OF JERICHO dont la chanteuse Candace tellement naturelle et sincère n'hésite pas à franchir les barrières pour se rapprocher de son public et lui transmettre son enthousiasme. Un peu plus tard, après IGNITE et DEVIL YOU KNOW, il ne fallait surtout pas manquer les Vikings suédois tellement impressionnants, j'ai nommé AMON AMARTH, mis en valeur par des effets pyrotechniques et une mise en scène inédits. Juché sur une sorte de chaire, le chanteur, Johan Hegg, domine la scène et son fidèle public. Quel spectacle !
A partir de 22h 35 et pour la même durée (1 h) que les Suédois, c'est ROB ZOMBIE qui va conclure par un show théâtral – qu'on apprécie ou pas – cette chaude soirée. Peut-on vraiment parler de metal avec RZ ? Les avis sont très partagés à ce sujet. Cette mise en scène grandiloquente m'a laissé assez insensible. J'aimerais connaître l'avis de ceux qui ont vu ROB ZOMBIE au Hellfest 2014 et au Metal Days 2014. Peut-être n'ai-je rien compris parce que je préfère la sobriété ? Vaste question...
N'ayant pas le don d'ubiquité, je me suis contenté de deux groupes sous la « Hardbowl », à savoir MASSENDEFEKT, les punks de Düsseldorf et leur batteur, ancien des TOTEN HOSEN, groupe culte en Allemagne, et les Berlinois de WE BUTTER THE BREAD WITH BUTTER (appelez-les WBTBWB, c'est plus court), qu'on avait découverts au Totem de Rillieux-la-Pape en février 2012. Bref, du bon hardcore excité et excitant pour les moins de 30 ans, ça se discute. Quoi qu'il en soit, on ne fait pas dans la finesse, un vrai tsunami dans un nuage de poussière... !

Jour 3 (dimanche 6 juillet)

L'apothéose ? Nous verrons...
Comme par hasard,à mon arrivée c'est encore un groupe germanique qui joue sur la grande scène, un peu avant 15 h.Ce sont les Berlinois de THE OCEAN, spécialistes de postmetal, sludge et metal prog (sic), si, ça existe ! A vrai dire et pour être juste, leur musique est techniquement et esthétiquement belle, mais avant chaque morceau, on se demande ce qu'on va entendre. Non, pas déçu, mais surpris.
De 16h à 23h , le WFF nous a gâtés, il y en aura en effet pour toutes les sensibilités. THE DILLINGER ESCAPE PLAN, la perfection dans les extrêmes, comme on a pu le constater à l'automne dernier au Transbordeur de Villeurbanne. Greg Puciato, le chanteur, a quelque chose de magique, dès qu'il émet un son, le public entre en ébullition.
17 h, c'est au tour de MADBALL, éminent représentant du hardcore new-yorkais, toujours à la mode, comme leurs concitoyens de SICK OF IT ALL, de maintenir l'ambiance devant la Mainstage, et sans peine ils y parviendront, cela va de soi.
Changeons de genre. A partir de 18 h, c'est SEPULTURA qui va, pendant 45 mn, faire plaisir – et comment !-aux amateurs de bon thrash. Parfois injustement dénigré, le SEPULTURA d'aujourd'hui, sans les Cavalera, mais toujours brillant sur scène, n'aura déçu personne. Andreas Kisser est là, depuis les débuts, Paulo, le bassiste, en retrait comme à son habitude, aussi.Et le contraste entre le chanteur Derrick Green, un géant, et le jeune et talentueux batteur, Eloy Casagrande, éblouissant d'énergie, n'est qu'apparent. Le quartette fonctionne parfaitement, il l'a prouvé maintes fois. Le groupe brésilien a reçu une ovation, associant Phil Campbell, le guitariste de MOTÖRHEAD qui s'était joint à eux le temps d'une chanson.
Les voisins de BEHEMOTH (La Pologne n'est pas très loin) préparent leur plateau, on leur accorde quelques minutes de plus. Le groupe de black metal et son leader Nergal vont apparaître dans un nuage de fumée, dissimulés derrière leur maquillage, visages grimés, dans un décor d'enfer à vous couper le souffle,du feu, des flammes, des croix, des chaînes...Il y en a pour les yeux et pour les oreilles. Atmosphère lourde, public possédé, subjugué, des pogos à la limite de la violence. Mission accomplie. C'était BEHEMOTH, un groupe majeur qui ne laisse personne indifférent, en Allemagne comme en France ou ailleurs.
Après avoir écouté d'une oreille moyennement attentive BRING ME THE HORIZON, de jeunes Britanniques surdoués et prometteurs qui pratiquent un deathcore haut de gamme – sur la scène principale – puis le trio de vieux punks de Rostock, DRITTE WAHL, amis de CRUSHING CASPARS, plus connus en France, et enfin les Canadiens de COME BACK KID, tous deux sur la scène « Hardbowl », de bons groupes finalement, c'est MOTÖRHEAD qu'il faudra à tout prix regarder et écouter, après toutes les rumeurs et les articles alarmistes à propos du chanteur-bassiste Lemmy Kilmister, 69 ans en décembre prochain. Je réussirai à me frayer un chemin à travers la foule immense, rassemblée là, comme pour assister à un événement historique, et à accéder aux barrières, à environ cinquante mètres de la scène. Ainsi je pourrai observer le héros de la soirée, de la journée, du festival... »We are Motörhead and we play rock'n roll », la phrase rituelle est enfin prononcée. Quelques mots, de courtes phrases pas toujours audibles, le concert de MOTÖRHEAD commence sous d'interminables applaudissements. La légende du hardrock, tête d'affiche du WFF 2014, est là, au cœur de la campagne de l'ancienne Allemagne de l'Est. Ici et maintenant écoutons ce trio célèbre dans le monde entier. Connaissant le tropisme de Lemmy Kilmister pour l'histoire de l'Allemagne (en particulier au vingtième siècle), je me disais naïvement que ce monsieur amaigri, pâle et tremblant, n'avait pas connu la deuxième Guerre Mondiale puisqu'il est né fin 1945, ni la destruction de la ville de Dresde, capitale de la Saxe, par les avions anglais, en février 1945...C'était juste une digression historique.
Après chaque chanson, dont il annonce systématiquement le titre, puis toutes les deux chansons, Lemmy quitte la scène quelques instants, revient d'un pas incertain, suivi de près par son guitariste. Globalement le concert se passe bien, l'ensemble est cohérent et harmonieux, seule la voix de Lemmy semble fragile. Dans la chaude soirée saxonne, la musique de MOTÖRHEAD et les bravos du public résonnent jusque dans les champs et les bois de Roitzschjora … Le boss est là, bien vivant, il faut rattraper le temps perdu en 2013. Soixante quinze minutes de bonheur. C'était MOTÖRHEAD au festival WITH FULL FORCE 2014.
Bientôt minuit, le WFF numéro 21 va se terminer. J'y étais parce que le hasard l'a voulu. Dès le lendemain lundi, je retournai à Berlin.
Espérons que ce petit récit, plus ou moins improvisé lui aussi, conduira quelques métalleux français de plus au WFF 2015, le Wacken Open Air 2015 étant,lui, déjà complet, officiellement en tout cas.


no images were found