Chronique réalisée par :
Chart
• Photographe :
Chart
Direction La Rayonne car ce soir, l'événement s'appelle Didier Super. Je ne l'avais vu sur scène qu'une seule et unique fois, et c'était pour une pièce de théâtre intitulée « Ta vie sera plus moche que la mienne » en 2016 à Rillieux-la-Pape. Il était grand temps pour moi de retrouver le trublion sur les planches, mais cette fois accompagné par son groupe de punk metal : DIDIER SUPER METAL.
En première partie, nous retrouvons ELECTROBOY80. Accrochez-vous à vos sièges, décollage imminent avec cet OVNI de l'underground rhônalpin ! L'idée du projet, c'est d'imaginer ce que donnerait la New Wave des années 80 projetée dans un futur parallèle ou post-apocalyptique. L'artiste reprend donc des tubes de cette décennie pour les passer à la moulinette à grands renforts de boucles électro et d'une guitare électrique bien tranchante. Ce qui, sur le papier, n'était pas forcément gagné d'avance — un seul homme sur scène armé de reprises trafiquées —, devient en réalité une expérience participative de haute volée. Il faut un performer capable de tenir la scène pour que la sauce prenne, et c'est très clairement le cas ici. C'est jubilatoire, le public se prend au jeu et s'amuse à deviner les artistes revisités : on croise du PiL, du Kraftwerk, du Blondie (rejoint pour l'occasion par l'une des choristes de Didier Super), et même du Lio ! Le public est conquis et cette ouverture se révèle d'une grande fraîcheur, percutante et captivante. On garde ça précieusement dans un coin de la tête : retenez bien le nom d'ELECTROBOY80, et si vous croisez son nom sur une affiche, réservez sans hésiter !
Écouter Didier Super, ce n'est évidemment pas écouter un artiste comme les autres. À une époque où tout est de plus en plus lissé, où la rébellion elle-même est devenue un produit commercial en rayon, il existe encore des résistants qui refusent le compromis. Didier Super a certes eu les honneurs de radios grand public par le passé, mais il est bien loin d'avoir vendu son âme. Enfin si... mais pas de la manière dont vous pourriez le croire ! Dans ce nouveau cycle artistique, il revient avec un véritable album de metal, « Les 13 Versions Sataniques », qui réorchestre son répertoire culte en version punk/thrash. La surprise — et le coup de maître —, c'est la puissance et la justesse chirurgicale de ce disque. Il ne s'agit pas d'un enregistrement bancal de garage ni d'une formation qui fait le job à moitié : ce sont des musiciens ultra-carrés. Quitte à faire les imbéciles, autant le faire avec une musicalité irréprochable et des choristes talentueuses qui assurent un travail vocal impeccable.
Le show du groupe est à l'avenant : une expérience scénique intégrale. On retrouve évidemment les brûlots historiques comme « Debout Chômeur », « Rien à Foutre », « Bâtard de Vegan », « Tous Clodo » ou encore « Et Ben t'es con ». Oui, Didier Super a des tubes ! On les connaît par cœur, mais ils prennent une ampleur redoutable sous cette déferlante de décibels. Pourtant, aligner de gros riffs ne suffit pas à faire un grand concert : c'est tout ce qui gravite autour qui rend le moment palpitant. Le groupe va chercher beaucoup plus loin et installe des situations satiriques qui flirtent avec les limites. C'est très simple : si vous n'avez pas une solide dose de second degré sous le coude, ce n'est même pas la peine d'envisager de prendre un billet. Mais le public est averti et sait ce qu'il vient chercher. Et même prévenu, on se retrouve parfois bousculé, dérangé et touché par le propos. C'est exactement là que Didier veut nous amener : c'est en poussant les concepts jusqu'au paroxysme que l'on pousse les gens à réfléchir. Et pour cela, pas besoin de quinze semi-remorques pour une tournée à paillettes : il suffit d'un redoutable frontman. Un clown féroce qui joue avec l'élasticité psychologique de son public pour lui faire passer des vérités qui dérangent.
Didier Super est sans doute ce qu'il reste de plus punk en France à l'heure actuelle. Il nous tend le miroir réfléchissant de notre société sous ses aspects les plus laids. Regarder ce reflet, c'est accepter d'y contempler des horreurs, mais pour faire passer la pilule, autant y injecter une bonne dose d'humour noir salvateur. Les dénonciations sont saines, la réflexion est là, et le spectacle déroule une dynamique implacable. DIDIER SUPER METAL prouve une fois de plus que l'artisanat et le DIY sont les véritables clés d'un spectacle réussi, au sein duquel les artifices corporate n'ont aucune place. Le message est passé cinq sur cinq : une parenthèse hors du temps, loin des carcans et des conventions habituelles.