Des formations s’éteignent, d’autres ne voient jamais le jour, et d’autres encore semblent simplement vouloir se retirer un temps. Comme une habitude, un besoin peut-être, de revenir au silence gestatif. Un silence d’ascète propice à la réflexion et bien souvent à la maturation. Se retirer pour mieux revenir, plus profond, plus tranchant, plus Thursien!
Ce 31 Octobre 2026 marquera le retour d’ARCKANUM et la naissance de son 10ème album «Beswærilsin» mis au monde avec une paire de forceps chauffés à blanc et sanctifiés d’incantations obscures!
Neuf ans après «Den förstfödde» (sorti en 2017), le bien nommé maître d’œuvre suédois Shamaatae ne propose pas un simple retour, mais plutôt un nouveau rituel! Un acte en prolongation logique avec sa pratique spirituelle, où la musique n’est plus un médium artistique au sens banal du terme, mais résolument la démonstration d’une volonté d’absolu; façonnée pour évoquer des traits intérieurs biens précis, et des atmosphères peintes aux couleurs de paysages délavés sans aucune concession!
D’autant que je m’en souvienne, ARCKANUM a tel un outsider, toujours marché sur le sentier de la main gauche: Celui qui se tient hors de la morale conventionnelle. Un code de résistance respecté à la lettre comme autant de piliers porteurs de l’œuvre de Shamaatae, et qui, avec «Beswærilsin» poussent encore plus loin ce principe de volonté individuelle. Au-delà d’un album de black metal, nous sommes en présence d’un canevas complexe et interconnecté de musique, d’ambiances sonores, de textes et de formes visuelles façonnés d’une intention dévote.
Musicalement, on retrouve dans cet album le souffle des jours anciens, mais avec une fusion opérée entre les anciennes fondations, et l’oeil nouveau de Shamaatae ! Le morceau d’intro «Mz Fianda Raþi» en est le parfait exemple, et donne d’emblée le ton avec cette identité immédiatement reconnaissable propre à ARCKANUM! La production est brute, volontairement dépouillée de ses ornements pour mieux aller à l’essentiel et osciller entre le feu primitif d’un morceau tel que «Wilianz Kniwer», et la désolation froide de « Gyghra Hirþi»! Les formes sont agressives et dures, avec une dynamique tranchante, le tout souligné par des textes en vieux Suédois puisant dans la tradition poétique et la «Svartkonst», cette magie noire aux invocations narratives que l’on murmure dans l’antre froid d’un ermite aux doigts noueux, à mesure que la nuit tombe et qu’approchent les loups!
Coté artwork c’est auprès de l’artiste Old Hag (Darby Lahger) qu’à été confiée la réalisation de la pochette ! Un choix plus que judicieux, l’artiste partageant les convictions Thursatru de Shamaatae (en plus d’être son épouse), elle était parfaitement en mesure de clore le rituel en s’inscrivant dans la même logique archaïque de l’album ! Une peinture qui vous contemple d’un sourire discret, distillant son message sans cris, patiemment, à l’image des choses anciennes qui prennent leur temps.
Verdict : «Beswærilsin» n’est pas un album de black de plus mais une porte ouverte plus grand sur le courant Thursien. Les fans de la première heure retrouveront ce qu’ils aimaient à savoir un black metal terreux et occulte, plus affûté, plus dense : Du très bon ARCKANUM solidement ancré dans son propre courant, rude, sincère et cohérent ! Pour les autres, ils découvriront ce projet comme on entre dans une forêt inconnue à tâtons, et d’où on ne sort par tout à fait indemne !
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