Après "A Dark Poem, Part I" puis "A Dark Poem, Part II", voici le logique (et dernier) "A Dark Poem, Part III" des Norvégiens de Green Carnation.
Quand je parcours cette trilogie avec du recul, je me dis : quel parcours depuis leur premier album de 2000 ! 26 ans après, ils livrent certainement leur œuvre la plus complète et aboutie, dans un registre progressif… très progressif. Ici, le « metal » n’est qu’une variable d’ajustement, au même titre que le rock ou la musique classique. On mélange les genres et on se fait plaisir, pour aboutir à un ensemble cohérent et magistral.
"A Dark Poem, Part III" peut s’écouter en tant qu’entité propre, mais il est conseillé de posséder l’ensemble des trois opus pour bénéficier de toute leur cohérence musicale et épique. L'album ne compte que quatre titres, mais ils dépassent tous les 6 minutes, jusqu’à atteindre plus de 16 minutes pour le dernier !
Sur le premier titre, assez lent, voire pachydermique à certains moments, nous sommes emportés dans un tourbillon d’instruments : le chant clair de Kjetil Nordhus, du synthé, des guitares aériennes, du piano… le tout rythmé par de nombreux breaks et variations de tempo. Bref, pour ceux qui ne connaissent pas encore Green Carnation : si vous aimez Paradise Lost ou Katatonia, vous devriez vite adhérer. C'est peut-être encore plus complexe et abouti.
"The Messiah Complex" est encore plus doux et poétique. Évidemment, le metal passe au second plan avec de très légers riffs. C’est aérien, léger, et donc progressif à souhait. Trop ?
"Broken Souls", "Common Enemies" reste bien entendu dans la même veine, avec une guitare acoustique en plus. Certains passages s’aventurent plus franchement dans le metal, pour flirter avec le dark/death. Mais d’un seul coup, on peut retomber sur du progressif teinté de flûte. Vous êtes prévenus !
C’est le dernier titre, "A Dark Poem - Orchestral Suite", qui fera sûrement beaucoup parler. Un morceau 100 % instrumental, ou plutôt 100 % orchestral, enregistré avec l'Orchestre symphonique et le Chœur de l'Opéra de Kristiansand (la ville norvégienne du groupe). Plus de 16 minutes clôturent cette trilogie de façon magistrale, avec un début tout en délicatesse et en subtilité porté par les cuivres. Cela monte ensuite doucement en puissance, façon Smetana, pour arriver à un orchestral épique enrichi de superbes chœurs. Cette partie instrumentale est également très progressive dans son approche. On monte, on descend, on brusque, on ralentit. C’est vraiment magnifique, pour peu que l’on aime la « grande » musique classique !
Oui, nous sommes bien loin du Tchort d’Emperor (bassiste dans Emperor, guitariste dans Green Carnation). Avec ces trois œuvres, le groupe a pris un risque et s’est fait plaisir. Le côté hyper progressif pourra être un frein pour les plus « violents » d’entre vous, mais également un émerveillement pour d’autres.
Pour ma part, je salue l’ensemble et le gros travail de composition. Je dois dire que peu d’autres groupes de « metal » (voire aucun autre ?) ont pris un tel risque, sur trois CD qui plus est. C'est pourquoi je conseille de se procurer les trois opus pour apprécier pleinement cette richesse musicale digne des plus grands. Poétiquement beau.










