Interview — Français
Valquest : Salut à tous et toutes ! Ce soir, on est au Rock N Eat et on est avec le groupe Kr3v ! Comment ça va ?
Kr3v : Ça va très bien ! Il fait chaud, mais ça va super !
Valquest : Vous avez déjà joué ici avant ?
Kr3v : Oui, c’est la deuxième fois aujourd’hui ! On avait déjà joué pour le tremplin du Metaloid Metal Fest et ça s’était très bien passé. Et donc, on va assurer l’ouverture de ce festival le 26 septembre à Saint-Privat-en-Ardèche, donc on est très contents !
Valquest : Génial ça !
Kr3v : Ouais, c’est cool, car ça ne fait que depuis janvier qu’on tourne et ça avance bien, donc on est très satisfaits.
Valquest : Est-ce que vous pouvez vous présenter et définir votre style pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
Ben : Moi, c’est Ben, le batteur. Pour le style, je dirais qu’on fait du bordelcore (rires), car on ne savait pas trop où se mettre, donc… Metal/bordelcore !
Mat : Moi, c’est Math, le bassiste.
Nonow : Et moi, Nonow, au chant.
Valquest : Et donc, du coup, c’est quoi, le bordelcore ?
Kr3v : On va dire que c’est un gros doigt d’honneur à tout ce qui essaie de nous mettre dans des cases. C’est un truc qu’on s’est vraiment pris en pleine face quand on a commencé à proposer notre musique. On nous disait : « Ah oui, d’accord, vous faites du hardcore », mais on a un festival de hardcore qui ne veut pas de nous, car on n’a pas suffisamment les codes du hardcore. D’autres nous disent : « Non, mais en fait, vous faites du neo-core, mais ce n’est pas assez rappé, donc ce n’est pas bon non plus. » Donc on s’est dit : « Allez, c’est bon, allez vous faire foutre ! » (rires)
Et on s’est dit que, comme on a plein d’influences, on fait du bordelcore… Du « vous nous faites chier-core » ! (rires)
Valquest : Oui, du « on fait ce qu’on veut-core » ! (rires)
Kr3v : C’est ça ! (rires) En fait, on a tellement d’influences diverses que l’on met tout dans le bordelcore et… démerdez-vous avec ça ! (sourire)
Valquest : Et justement, quelles sont vos influences ?
Kr3v : On a tous en commun la vague néo des années 2000 et le hardcore de manière générale.
En groupes précis, on peut citer Slipknot, Rise of the Northstar, Korn, Mudvayne. Ce qui compte pour nous, c’est que ça vienne des tripes, et c’est pour ça qu’on apprécie tout particulièrement le hardcore, car même dans le pit, l’intensité est différente d’ailleurs.
Valquest : Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?
Math : Moi, j’avais un de mes oncles qui travaillait dans un tabac-presse et il récupérait plein d’invendus. Il y avait pas mal de magazines avec des CD de compilation, donc j’en récupérais plein.
Et dans un Rock & Folk, il y avait un extrait de live de Jimi Hendrix, un live à Hawaï, je crois, avec un son horrible (rires), mais c’est ça qui m’a donné envie de jouer de la guitare.
Puis, ensuite, dans une autre compil’, j’ai découvert le groupe de heavy Edguy, qui m’a fait percuter que j’aimais bien cette énergie. Et de fil en aiguille, j’ai découvert Korn, notamment Issues, qui, pour moi, est mon album préféré du groupe, et c’est là que j’ai vraiment eu envie de faire de la musique.
Nono : Moi, j’ai découvert via mon père des groupes comme AC/DC, Black Sabbath et les cadors du style.
Valquest : Hard rock et heavy ?
Nono : Oui, voilà ! J’ai une grande sœur qui est tombée complètement dans la vague grunge, donc Nirvana, Pearl Jam et autres. Ça me plaisait beaucoup.
Et ce qui me plaisait dans ce style, c’est que les groupes ne cherchaient pas forcément à être propres, au niveau du son et même de l’image qu’ils renvoyaient. Donc ça a été mes premières découvertes.
J’ai découvert Korn et Linkin Park, que j’aimais beaucoup, puis j’ai pris ma grosse claque via un magazine, moi aussi, avec des mecs masqués. Je me disais : « Putain, on dirait un film d’horreur, ils sont dingues ces mecs-là ! » Je me souviens, il y avait une pochette qui brillait, donc j’ai acheté ce magazine.
Je lance le CD et c’est la première fois où je m’assois sur mon lit et je suis resté assis tout du long. Je n’ai rien compris à ce qui se passait ! (rires) Et depuis, j’ai eu le déclic pour ce genre de musique grâce à Slipknot.
Puis on m’a vivement conseillé un autre groupe. On m’a dit : « Tu verras, c’est une nana qui a une voix d’enculé ! » (rires) Donc je vais voir ce groupe que je ne connaissais pas du tout et là, dès le début, c’est le gros bordel dans la fosse.
Et moi, instinctivement, je me suis mis à bouger aussi. Et c’était avec le groupe Eths, qui m’a véritablement donné envie de faire de la musique, surtout en live.
Ben : J’ai commencé par le rock, notamment grâce à mon père qui faisait de la batterie. Donc j’ai découvert les Red Hot. Il m’a appris le rythme du morceau Can’t Stop, puis j’avais YouTube, car je suis un peu plus jeune que mes deux autres camarades (rires).
Donc j’ai toujours fait le parallèle avec ce que faisait Chad Smith pour, moi aussi, apprendre à jouer. Puis je suis passé par Soundgarden, Alice in Chains.
Puis, un jour, j’ai acheté une double pédale dans un magasin de musique et j’ai commencé à écouter des groupes où il y avait de la double, donc des groupes de metal. Et s’ensuivent des années de violence, notamment avec Iowa de Slipknot, sur lequel j’ai tout de suite voulu jouer les morceaux. Et c’est ce qui m’a donné envie de jouer de la musique.
Valquest : Vous avez sorti un EP récemment. Comment vous faites pour composer ? Est-ce que vous trouvez un riff et travaillez autour ? Est-ce que c’est plutôt collectif ? Comment vous fonctionnez ?
Math : C’est un peu comme pour notre style, c’est le bordel aussi ! (rires) Ça peut vraiment venir de n’importe lequel de nous quatre. Et comme nos influences sont assez similaires, les riffs que l’un ou l’autre peut proposer parlent directement aux autres, donc c’est assez fluide et instinctif.
Nonow : Oui, c’est ce qu’on essaie de garder le plus possible avec Kr3v : c’est vraiment un projet collectif. C’est quatre entités qui peuvent proposer, s’exprimer. Tout le monde se sent libre et je trouve que, grâce à cela, nos morceaux deviennent de plus en plus efficaces.
D’ailleurs, on ne compose pas pendant les répètes. Pour nous, les répètes, c’est fait pour répéter. On a déjà essayé de composer pendant, mais en tout cas, pour nous, ça ne nous correspond pas. Donc on apporte vraiment des idées que l’on aurait trouvées dans notre coin avant.
Math : Oui, puis aujourd’hui, on a l’avantage de pouvoir enregistrer des riffs ou autre plus facilement qu’avant, et donc de garder une trace. C’est plus facile ensuite pour montrer ce qu’on a composé aux autres.
Je pense que composer en répète, c’est plutôt pour les groupes pros qui ont la possibilité de passer la journée au studio. Forcément, tu as un peu plus le temps de trouver un riff ! (rires)
Valquest : Est-ce qu’il y a d’autres morceaux qui sont en préparation ?
Nonow : On a déjà la quasi-totalité d’un deuxième EP qui est prêt à être enregistré, et on a un morceau qu’on peut potentiellement enregistrer en single aussi.
On essaie toujours d’avoir un coup d’avance, donc quand le deuxième EP sortira, on pense qu’on aura terminé l’écriture du troisième EP.
Valquest : Et peut-être un album par la suite ?
Nonow : Alors, dans l’approche qu’on a et vu le budget que ça coûte de sortir un album qui va être écouté pendant un mois, qui sera ensuite oublié, eh bien on préfère diffuser ponctuellement et toujours avoir de l’actu, car on trouve que la manière de consommer la musique par le public a changé. Donc on préfère faire autrement pour le moment.
Par contre, après la sortie du deuxième EP, on se demande si on ne va pas « compiler » les deux EP pour avoir un album de neuf titres.
Valquest : Pourquoi le choix du français dans vos textes ?
Nonow : Cette question, en général, je réponds par une autre question : pourquoi les groupes français ne chantent pas en français ?
C’est quelque chose que je ne comprends pas trop. On fait une musique qui est hyper instinctive. Moi, je ne parle pas anglais, je m’exprime en français. C’est une question qu’on a abordée dans le groupe et ça n’a dérangé aucun membre du groupe.
J’ai plus de facilité à écrire en français et, quand je suis sur scène, je m’adresse aux gens. Donc, pour moi, je ne peux pas m’exprimer d’une autre manière. C’est ma langue maternelle.
Et Kr3v, ça reste un exutoire. Dans un exutoire, il n’y a pas de filtre et ce qui sort en premier, c’est le français.
Math : Oui, puis faire de l’anglais juste pour faire de l’anglais, on ne voyait pas vraiment l’intérêt. Le plus important, c’est que le message passe, et on peut tout à fait le faire en français.
Nonow : Oui, puis en comprenant les paroles, plus facilement, dans ta langue maternelle, les gens ont tendance à être encore plus happés par l’univers du groupe. Donc, pour nous, c’était vraiment une évidence.
Et sur certains passages en live, c’est beaucoup plus fédérateur et l’énergie dans le pit est encore plus forte. Donc ça prouve que ça fonctionne quand on prend les paroles quasiment directement et instinctivement.
Valquest : Entièrement d’accord avec tout ça. On pourrait citer plusieurs groupes qui chantent en français et ça marche très bien. Je pourrais citer The Arrs, qui vont faire leur retour après environ dix ans d’absence !
Nonow : Entièrement d’accord avec le groupe cité !
Puis on peut citer, à l’époque, toute la team Nowhere, puis Mass Hysteria et d’autres. Et on voit très bien qu’il n’y a aucun problème avec le français pour tous ces groupes-là.
Ça me rappelle aussi une critique que les groupes français pouvaient avoir, du style : « Oui, vous sonnez comme des groupes français, mais dans le mauvais sens du terme. » Alors que quand on voit des groupes comme Novelists ou Ten56, oui, ils chantent en anglais, mais ils sont complètement capables de sonner comme des Ricains.
Donc c’est vraiment une critique qui n’a plus lieu d’être pour moi.
Valquest : Si vous deviez choisir un seul titre pour faire découvrir Kr3v aux gens, ça serait lequel ?
Les 3 : Rob, qui est vraiment la porte d’entrée vers notre univers. Il module pas mal au niveau des énergies. Quand tu écoutes le morceau en live, tu vois les facettes de chaque musicien.
Valquest : Quelles sont les dernières claques musicales que vous avez découvertes ou redécouvertes ?
Nonow : Le dernier album de Guilt Trip, Armour of Angels. J’ai adoré cet album du début à la fin, tout droit à l’essentiel, et tu l’écoutes d’une traite.
Math : J’ai adoré découvrir Sylosis et Orbit Culture, mais je réécoute des albums plus anciens comme Dirt d’Alice in Chains.
Et sinon, j’ai découvert le groupe SoulBlind, qui est vraiment excellent. Tu as l’impression de retomber dans les années 90 et c’est très bien fait.
Ben : Je dirais aussi Guilt Trip pour ce qui est de la dernière claque. Et sinon, je me réécoute pas mal de classiques pour les bosser à la batterie.
Valquest : Merci beaucoup, c’était super intéressant, et à tout à l’heure dans le pit !
Kr3v : Merci à toi ! À tout à l’heure !