« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. » Blaise Pascal (Pensées – 1670).
Il est des nuits où la nature devient soudainement silencieuse. Où le râle des frondaisons s’éteint dans le sursaut d’un sommeil perturbé ; et où ni coassements ni stridulations ne viennent plus bouleverser l’immobile pureté ténue qu’un moindre murmure pourrait profaner. Et dans les ténèbres de cette nuit renversée une silhouette blanche fend le ciel, créature de lisière et d’obscurité au disque facial implacable : la chouette effraie. Prédateur silencieux aux serres courbées ; tyran des champs, des bois et des clochers. Son vol ne laisse aucun sillage et sa frappe vient sans somations, à l’instar de l’album « Enfant Pâle » dont je vais vous parler aujourd’hui.
Originaire des Ardennes, EFFRAIE semble personnifier dans son black metal atmosphérique les profondeurs sylvestres, où le jour semble toujours se dérober. Mais contrairement à l’image rassurante et bucolique de la nature que propose généralement ce courant musical, EFFRAIE en dépeint un portrait à la puissance autonome, inquiétante, et qui ne demande pas à être aimée !
« Enfant Pâle » s’enfonce comme les serres d’un rapace sur la nuque d’un rongeur indolent. Fort d’une atmosphère nuancée l’album propose sept morceaux semblables à un conte noir où l’auditeur devient lui-même la proie d’une nature certes meurtrie, mais nullement résignée !
Musicalement parlant, EFFRAIE a immédiatement retenu mon attention car il fait écho à ce que la scène Black Metal Française fait de meilleur depuis toujours ! Le chant de Tonitruum est un condensé de hurlements vindicatifs et de grognements sourds qui contrastent avec des passages plus narratifs. L’album est conçu d’un seul bloc plutôt qu’une succession de morceaux indépendants. Ces derniers aux titres évocateurs dressent tant des atmosphères de violence jubilatoire que des havres de consolation. Des riffs pesants, parfois épiques, contrebalancés par des nuances contemplatives, semblables aux chapitres d’une fable qui doit se lire d’un trait. Il est primordial de préciser d’ailleurs l’intervention de Alessandro Algol Comerio (FORGOTTEN TOMB, NOCTURNAL DEPRESSION) sur le mixage, qui aura su extraire à « Enfant Pâle » le meilleur élixir ! Un disque qui ravira les amateurs de black metal tricolore honorant la langue de Molière, et qui personnellement m’a rappelé GLACIATION et DEATHSPELL OMEGA sur certains passages rugueux.
Coté Artwork maintenant, le visuel associé à « Enfant Pâle » accompagne l’album d’une identité profondément liée à l’oiseau de proie dont le groupe tire son nom. Au-delà d’un simple motif animalier, la chouette effraie incarne ici une présence liminale, entre le monde connu et l’immatériel. Réalisé par Tonitruum, la pochette repose sur les mêmes contrastes que son contenu. Des gris anthracite nuancés de bleus nébuleux, aux flammes oranges vives, le tout tranché net par la silhouette de l’effraie blanche presque spectrale. Simple, efficace et directement éloquent.
Verdict : EFFRAIE nous délivre avec son premier album (prometteur) une proposition conceptuelle forte. Un récit en clair obscur dont la portée musicale gagne à être appréciée à l’écoute intégrale du disque. Une ballade nocturne au milieu d’une nature qui devient puissance au lieux d’être un simple décor, et qui insuffle la peur ; pas celle que nous inspire la nuit...mais découvrir que, dans cette nuit, nous ne sommes plus les seuls à chasser.
Line-up
Tonitruum : Chant/guitares
Sersis : Guitares
Tracklist
I) Exorde
II) Enfant Pâle I
III) Commotion
IV) Prédation
V) Consolation
VI) Enfant Pâle II
Pavillon666 utilise Google Analytics uniquement avec votre accord
afin de mesurer l'audience du site. Vous pouvez accepter ou refuser
cette mesure. Votre choix est conservé pendant 180 jours.
En savoir plus.