Plongez au cœur de la forêt scandinave avec le troisième opus de Besvärjelsen, intitulé « Till Glömskan Ad Oblivionem », qui accentue la signification "Vers l'oubli" en suédois et en latin.
Fondé en 2014 à Stockholm, le groupe fait beaucoup parler de lui à ses débuts grâce à deux EP très réussis dans leur langue natale (Villfarelser, Exil) et un troisième en anglais (Frost). Toutefois, c'est leur premier album "Vallmo" (coquelicot), sorti en 2018 qui les propulse sur le devant de la scène. Quatre ans plus tard, les voilà de retour avec un son qui rappelle leurs racines nordiques.
À l'écoute de la première chanson « The Greatest Sin », le rythme donne directement le ton de leur univers. C'est un tempo de guitare lent et lourd de stoner rock / doom metal. C'est immersif, alternant entre des riffs massifs et des passages plus épurés. La voix envoûtante de la chanteuse Lea Amling Alazam nous transporte instantanément dans une atmosphère embrumée avant de se perdre dans des lignes de basse plus intenses. C'est une chanson qui marque le début d'un acte commis par une faute irréparable.
Le décor change avec leur single « Accelerating Hearts ». Un rythme plus groovy, sans dénaturer pour autant leur style atypique : le forest rock. Petit clin d’œil au Desert Rock américain qui échange les grands espaces arides par des sonorités mystiques et mélancoliques. Unique duo de l'album, Besvärjelsen ont fait appel à Fred Burman de Satan Takes a Holiday pour accompagner leur chanteuse. Le mélange de leurs deux voix crée une véritable dynamique qui a l'effet d'une course poursuite.
Le diptyque des titres « Battles » et « Counting Flies » apporte un contraste très cathartique. On ressent de suite la tension et la lourdeur d'une atmosphère étouffante. L'une est brutale et colérique, l'autre évoque la résonance d'une stagnation, passant de la rage d'un combat à l'indifférence qui en découle. À quoi cela sert-il de résister, quand on est fatigué de lutter ?
La ballade « Drifters On a Quiet Stream » nous fait basculer vers une lueur d'espoir. C'est l'image d'une dérive portée par les chœurs des autres membres du groupe, pendant que la chanteuse abandonne une ancienne version d'elle-même. Elle est perdue, mais son parcours est loin d'être terminé, car le soleil continuera de se lever même si elle n'en a pas encore la force.
Avec « The Mountain », on sent cette sensation d'apesanteur et de nature. C'est un obstacle dressé sur le chemin de la chanteuse, comme une dernière épreuve à franchir pour s'en sortir. La rivière est un moyen de se purifier et la forêt un refuge pour extérioriser le vide qui la consume.
« Pulse » réinjecte un regain d'énergie. C'est un besoin vital de ressentir à nouveau quelque chose pour se sentir vivant. Cependant, le tempo de ce sentiment est très bref car il est interrompu par un interlude, nous préparant pour ce qui va suivre.
« Didn't Come To Party », à la cadence très accrocheuse, cache en vérité une signification bien plus sombre. Le morceau montre à quel point il est difficile de vouloir se fondre dans la masse lorsque nous souffrons. Les paroles nous ramènent à ce moment, où nous n'arrivons plus à porter le masque social et qu'au lieu de continuer à jouer la comédie, on sabote tout. Si nous ne sommes pas heureux, personne ne le sera. « The band keeps playing, but it sounds like a siren » : là où les autres entendent de la musique, la chanteuse, elle, n'entend plus qu'une sirène d'alarme. Un décalage qui rend la fête plus dangereuse que conviviale.
La transition vers « Black Wave » représente la conséquence des dommages collatéraux après le contrecoup de la fête. La chanteuse suédoise s'efface pour laisser place à une voix masculine, comme une vague qui l'aurait engloutie. En prenant le relais, cette voix concrétise la perte de contrôle : la narratrice ne peut plus raconter son propre récit parce que l'ombre a pris sa place. Elle succombe à la noirceur et s'abandonne à la nuit.
Enfin, « Oblivion » résume joliment l'entièreté de l’œuvre. Intimiste et soutenue par des notes délicates de piano, la mélodie semble s'étirer lentement, s'accordant parfaitement avec le timbre vulnérable de Lea. Après son absence durant la chanson précédente, sa réapparition nous livre un autre état de conscience. Un fil conducteur qui nous guide vers l'inconnu, à travers des sons clairs de guitare et de violon en arrière-plan. C'est une délivrance apaisante qui clôture cette boucle tumultueuse.
Contrairement à leurs anciennes musiques beaucoup plus agressives, « Till Glömskan Ad Oblivionem » mise sur un son plus personnel et poétique. En regardant la pochette, on s'attend à des mélodies harmonieuses inspirées des profondeurs verdoyantes et sauvages de la Suède. Toutefois, l'expérience se retrouve axée sur une sombre introspection émotionnelle. Une construction fascinante pour un voyage entre la vie et ses chaos.
Line-up
Lea Amling Alazam – Chant
Staffan Winroth – Guitare, chant
Andreas Baier – Guitare, chant
Johan Rockner – Basse
Erik Bäckwall – Batterie
Tracklist
1.The Greatest Sin
2. Accelerating Hearts
3. Battles
4. Counting Flies
5. Drifters on a Quiet Stream
6. The Mountain
7. Pulse
8. Interlude
9. Didn't Come to Party
10. Black Wave
11. Oblivion
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