Ah, les Tunisiens de PRIMORDIAL BLACK ! A peine un an après leur premier album « Dark Matter Manifesto » (qui avait fait un sacré bruit avec Sakis Tolis de ROTTING CHRIST, et Maxime Taccardi en guest), voilà qu’ils reviennent avec « Heterotopia » qui je dois l’avouer, m’a demandé plusieurs longues sessions d’écoute afin d’en tirer le portrait !
Et il a été difficile à dresser tant ses traits non Euclidiens vous enfoncent dans un brouillard mental fait de ritual/prog et de passages black death ! Une véritable soupe à l’ergot de seigle dans laquelle ne cracheraient pas des types comme Lynch, Lovecraft ou Cronenberg !
Imprévisible et dissonant, l’album révèle des compositions dont les contrastes sont maîtrisés avec une intelligence rare et ambitieuse, pensées pour êtres écoutées d’une traite. Ici nous sommes résolument dans un concept album à l’ancienne et résistant au diktat des playlist aléatoires. Une fois saisi à la cheville, le tentacule du Kraken te coule par le fond jusqu’à oblitération totale ! « Heterotopia » s’apparente autant à un récit littéraire qu’à un film, sans manquer de confirmer davantage l’identité du groupe même s’il charge un peu parfois. Mais bon, on aime se faire malmener, on va pas se plaindre !
La descente s’ouvre par une invocation nommé « Caos Guidato », faite de chant guttural et de synthés éthérés qui t’isolent sur le miroir d’une mer d’huile, sans te laisser deviner ce qui se cache en-dessous. De pauses contemplatives en dissonances chromatiques telles que sur le morceau éponyme « Heterotopia », le groupe éclate le prisme qui rend les choses palpables rassurantes, pour t’emmener toujours plus profond jusqu’à la demeure du Léviathan nommé « Immaculate ». Brutal et jouissif c’est probablement le morceau le plus massif de l’album, accompagné par Steve DiGiorgio (oui oui, le bassiste de DEATH, TESTAMENT, SADUS). Je n’évoquerai pas les morceaux suivants pour vous en laisser la saveur intacte, et terminerai sur le dernier morceau « Le Horla » qui vient clôturer l’album dans un déluge rampant de mélancolie paranoïaque dont Maupassant serait fier !
Coloré de guests tels que Karim Bouazra, Gianluca Morelli et Camillia Bayazi, l’album affiche une production claire, tout en gardant une noirceur organique particulièrement efficace pour ce type d’atmosphère.
Passons maintenant au coté design signé par le guitariste chanteur et cerveau du projet Yasser Mahammedi Bouzina, qui au-delà du simple artwork est une porte d’entrée vers le cauchemar sous-jacent ! Un mix de romantisme du XIXème siècle et de Goth Lovecraftien, suite logique à la précédente sortie empruntée à Gustave Doré. Trop de nuits passées à fixer l’abîme, et l’abîme l’a fixé en retour (pour citer Nietzsche) jusqu’à se demander si la réalité n’est pas juste qu’un mauvais trip cosmique. Vous n’êtes plus dans votre salon, vous êtes dans une « Hétérotopie » : Un lieu qui n’existe pas mais vous aspire tout de même, selon Foucault. Parfait pour un album fait de fragmentations psychologiques et de pourriture ! Bravo pour l’immersion !
Verdict : PRIMORDIAL BLACK a accouché d’un monstre cyclopéen ! Un album de Death atmosphérique injecté d’une bonne dose de cinéma d’horreur défiant la gravité et récompensant les écoutes répétées. Un album qui se décante à la manière d’un bon vin révélant à chaque fois un nouvel arôme et qui confirme que le groupe n’est plus qu’un simple projet prometteur. A suivre de près donc ! Et au rythme des sorties, le troisième round ne saurait tarder à délicatement venir caresser ta joue d’un bel uppercut pour que ta nuit soit douce, de bistre et sans rêves.






