Il y a des albums qui arrivent comme un coup de massue sans prévenir, d’autres qui s’installent doucement comme le crépuscule sur un vallon paisible...et qui, inexplicablement, vous offrent la quiétude épineuse d’un sourire un peu tordu.
« Graveyards of Joy » troisième et dernier chapitre de la trilogie de TODOMAL appartient clairement à la seconde catégorie. Un titre en oxymore tel un soleil noir d’où rayonne la nuit, comme si la douleur avait décidée de fleurir les tombes, un soir d’été trop sec. Un album mis au monde dans la solitude d’un deuil qui refuse de se faire discret, mais qui apporte aussi cet espoir cabochard, cette colère têtue qui t’invite à danser en silence sous la pluie. Et c’est ce qui rend cet album aussi troublant que magnifique !
Le cortège démarre sur le morceau « Mare Ignis » aux orgues Hammond qui étirent leurs ombres sur des plaines poussiéreuses, aux riffs lourds mais jamais écrasants d’un Doom Atmosphérique qui a retenu les leçons d’un Ennio Morricone. Puis viennent les morceaux « Lucid Nightmare » et « Point of coalescence », l’un des meilleurs morceaux de l’album taillé dans une chape de plomb, témoin d’un fardeau moral étouffant. Mon morceau préféré reste « Deliverance » qui résonne comme une prière qui n’attend plus de réponse, un appel à la miséricorde répété comme un mantra mélodique. Le titre final éponyme quant à lui, achève un tableau où les Dieux ne feront jamais que passer. Le groupe hisse la performance sur un final de près de sept minutes effleurant le statu d’élégie.
Coté production on retrouve la même élégance que dans ses composition. Signée Wildman et Mile (les protagonistes du groupe), et assisté par Javier Félez Rodríguez aux studios Trinitat-Montseny, 7th Middle Street et Moontower Studios ; elle est empreinte de la solennité propre au Doom et au Space Rock, tout en étant coloré de volutes ecclésiastiques.
L’artwork utilisé par le groupe est une peinture de 1865 signée Lluís Rigalt intitulée « Ruïnes », visible au Musée National d’Arts de Catalogne. Des vestiges romantiques au milieu d’un décors à l’abandon typiquement Espagnol. Nous ne sommes pas face à une pochette de Doom classique mais plutôt face à un reflet de l’album lui-même.
Verdict : Beaucoup de douleur et de colère ont été insufflée dans cet album cathartique ! Quelquefois cinématographique sans être grandiloquent et intime sans confession indécente. Il sait laisser des moments de violence, en dissonance avec ses silences contemplatifs. Au-delà d’un album de Doom, TODOMAL a érigé un cimetière où continue de pousser la joie. On en ressort un peu plus lourd, mais un peu plus léger aussi. Comme après avoir longuement contemplé un paysage que l’on croyait mort, et sur lequel un jour nouveau a fini par se lever.




